L'enfant soldat allemand

Publié le par Françoise Andersen

Je me suis aperçue dernièrement que cet article avait mystériieusement disparu de mon blog. Comme c'était un "souvenir de guerre" très important pour moi, je l'ai reconstitué

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C'était pendant la seconde guerre mondiale. Nous avions dû quitter Creil, à 45 km de Paris, à cause des bombardements qui s'intensifiaient de plus en plus. Creil servait en effet à la fois de base aérienne pour la Luftwaffe (sur l'actuelle base aérienne) et de nœud ferroviaire essentiel. Les carrières de Saint-Maximin et de Saint-Leu-d'Esserent que servaient de base aux V1 de l'armée allemande n'étaient pas loin.

J'ai de rares souvenirs de cette période, juste des flashs d'événements qui m'ont vraiment frappée. Ce qui est étrange c'est que j'ai en revanche des souvenirs très précis du jardin d'enfants que j'avais fréquenté plus tôt, quand je n'avais que 3 ans. Je pense que les années qui ont suivi ont été si traumatisantes que plein de mauvais souvenirs ont été refoulés par mon subconscient.

Quand je repense à l'exode, je revois juste une longue route à travers champs, qui nous a menés à un village où nous allions nous réfugier. Maman poussait un vieux landau dans lequel elle avait entassé plein de choses.

L'enfant soldat allemand

Mon père tirait la bicyclette sur laquelle j'étais assise. Mes parents jetaient de temps en temps des regards inquiets vers le ciel. Je pensais qu'ils avaient peur qu'il se mette à pleuvoir, mais ils redoutaient sûrement de voir apparaître des bombardiers dans le ciel.

L'enfant soldat allemand

Ce trajet entre Creil et Saint-Vaast m'a semblé durer une éternité. Pourtant je crois me rappeler que nous n'avions fait que les derniers kilométres à pied et que la première partie s'était faite à l'arrière d'un camion.

Maman avait loué une maison dans ce village grâce à une dame qui l'avait mise en relation avec quelqu'un qui connaissait quelqu'un à qui elle avait remis des arrhes.

Quand nous sommes arrivés à l'adresse indiquée, j'ai été émerveillée. Au fond d'une grande cour il y avait une très jolie maison en pierre avec un escalier arrondi assez imposant qui menait à la porte d'entrée. Je la revois encore aujourd'hui. Quel bonheur j'ai ressenti à l'idée d'habiter là !

Mais ma joie a été de courte durée, car le monsieur qui devait nous y attendre pour nous remettre les clés n'était pas là. Ma mère est allée se renseigner dans une maison voisine et la terrible nouvelle est tombée. Elle avait été la victime d'un escroc qui avait déjà "loué" plusieurs fois cette maison, dont les propriétaires étaient allés se réfugier dans le Midi.

S'en est suivi une terrible dispute. Mon père a reproché à ma mère d'avoir été trop naïve et de s'être faite une nouvelle fois avoir. Moi je me demandais où nous allions dormir ce soir-là et cette angoisse qui m'a assaillie tant de fois pendant la guerre (et aussi longtemps après) a resurgi.

J'ouvre ici une parenthèse pour dire que j'hésitais entre un ou deux "R" et que j'ai donc vérifié dans le Robert. Et que vois-je "resurgir OU ressurgir" . Cela ne valait pas la peine que je me lève. Grrrr.....

Après il y a un énorme trou dans ma mémoire. Je me rappelle seulement que nous avons vécu en troglodytes, jusqu'à la Libération. J'ai trouvé sur le Net des images qui correspondent vaguement à mes souvenirs.

L'enfant soldat allemand

Je revois une porte donnant dans une cuisine creusée dans la pierre. Le sol était en terre battue. Au fond il y avait une chambre sans fenêtre. On pouvait monter au-dessus de la "maison" par un petit sentier abrupte à gauche. La cheminée sortait de terre, au milieu de l'herbe, à travers le terrain en friche qui nous servait de toit.

Je viens de faire des recherches sur Google et j'ai trouvé qu'il y a à Saint-Vaast des carrières désaffectées. C'est peut-être dans l'une d'elles que nous avions trouvé refuge. Nous avions quand même, à droite de la porte, une fenêtre qui apportait un peu de lumière dans la cuisine. Quant à la pièce du fond qui nous servait de chambre, elle était dans une totale obscurité. Elle devait m'effrayer tellement que, dans mes souvenirs, je revois juste une porte fermée comme si mon subconscient refusait de l'ouvrir. Pas étonnant que je sois devenue un peu claustrophobe !

Quelques années plus tard, j'ai entendu dire un jour que les Américains approchaient et que nous allions bientôt être libérés J'avais vu, en bas, sur la route, des soldats allemands en camion et en moto qui s'éloignaient du village. On disait qu'ils fuyaient.

Je me souviens que ce jour-là (je devais avoir environ 6 ans) j'étais seule devant notre "maison". Maman s'était absentée peut-être pour faire une courses ou aller aux nouvelles. J'ai vu arriver un grand garçon maigre et hagard. qui s'est adressé à moi en allemand. Je pense qu'il n'avait que 15 et 16 ans puisque je l'ai considéré comme un "grand garçon" et non pas un homme. Peut-être qu'il paraissait plus jeune que son âge ou bien que les Nazis manquant d'hommes à la fin de la guerre, envoyaient des enfants au Front.

Je n'ai pas eu peur. C'est lui qui me semblait terrorisé. Tout en parlant. il avançait ses mains vers moi dans un geste suppliant. Comme il a vu que je ne comprenais pas, il a mimé quelqu'un qui portait quelque chose à sa bouche. Il semblait affamé. Il me faisait vraiment de la peine et je lui aurais bien donné quelque chose à manger, mais la porte de la maison était fermée à clé. J'ai dû avoir un geste d'impuissance et il est parti en courant. Il portait juste un pantalon et une chemise dont il avait retroussé les manches. Il ne ressemblait pas à un soldat. Je suppose qu'il avait déserté après s'être débarrassé de son uniforme et qu'il n'avait rien mangé depuis plusieurs jours.

Cette image est restée gravée dans ma mémoire et je revois encore aujourd'hui ses yeux si bleus au regard suppliant. Quelle horreur, la guerre !

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Publié dans Souvenirs

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Commenter cet article

@nnie54 02/12/2015 23:40

Je me souviens avoir lu cette histoire....comme Thérèse, je crains que nous n'allions vers quelque chose de très moche...mais on est bien obligé de garder la tête froide et de continuer nos vies du mieux possible. Bises, @nnie

Thérèse74 01/12/2015 18:21

Tu as connu une triste période, et j'ai si peur que ça recommence ! Comme ça doit être horrible pour les habitants de tous ces pays en guerre !!!!!

Je pense qu'en cas de chocs psychologique trop violents, le cerveau occulte beaucoup de choses, peut-être pour alléger un peu les traumatismes et nous permettre de continuer le chemin de la vie.

Tu as été plus active que moi aujourd'hui lolll je peine à bloguer.

flipperine 01/12/2015 13:56

et dire que les guerres ont tjs existé et que cela continue

mireille du sablon 01/12/2015 11:25

....j'ai les larmes aux yeux en lisant ce récit!
Je pense aux derniers reportages sur les personnes qui fuyaient la Syrie et autres pays...cela ne finira donc jamais, cette folie des hommes!
Bises du jour de Mireille du sablon