"Meurtre" d'un épouvantail

Publié le par Françoise Andersen

il y a deux ans, j'avais avoué, sur mon autre blog, un "forfait" dont j'ai encore honte aujourd'hui. Quand j'ai vu que le thème de la semaine de " LA VIE AU JARDIN ET À LA CAMPAGNE" était "Accessoire / décoration de jardin"

j'ai recherché sur mon autre blog, la photo d'un épouvantail décoratif qui avait "vécu" plusieurs années dans notre jardin danois. J'ai relu l'article, qui m'a fait mal au coeur et, dans une sorte de désir d'expiation, j'ai décidé de le publier à nouveau ici.

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Publié la première fois le 27 juin 2014 sur mon autre blog

Il y a déjà longtemps que j'ai commis cet acte irréparable ,mais c'est seulement aujourd'hui que j'ose me confesser à vous. Il y a une dizaine d'années, j'avais acheté, pour décorer le jardin, une sorte d' épouvantail. Ce n'était pas un vrai épouvantail, car il ne faisait pas peur aux oiseaux. Ceux-ci venaient au contraire lui voler ses cheveux pour confectionner leurs nids.

"Meurtre" d'un épouvantail

Il avait de longs cheveux blonds (enfin, jaunes) qui, au fil des ans, ont pris une couleur indéfinissable. Un long morceau de bambou qui lui sortait du corps m'avait permis de le planter au milieu d'un massif et le vent lui donnait vie en soulevant les jambes de son pantalon.

Un jour je m'étais aperçue de son effet thérapeutique. Son sourire était contagieux et si j'avais un petit coup de blues, le seul fait de le regarder me remontait le moral. Je l'avais donc rapproché de la maison et l'avait assis sur une vieille chaise de jardin, juste de l'autre côté de la vitre près de laquelle nous prenons nos repas. Pour le rendre encore plus sympa et accueillant, j'avais attaché sa main à la chaise, de manière à ce qu'il ait l'air de faire un petit salut amical aux visiteurs.

"Meurtre" d'un épouvantail

Les années avaient passé. Il était devenu de plus en plus chauve. Il ne lui restait qu'une mèche sur le front mais, malgré tout, il ne paraissait pas son âge. En revanche la chaise en rotin sur laquelle il était assis, avait fini un jour jour par ployer sous le poids des ans et le bas d'un pied s'était cassé. L'autre chaise menaçait d'en faire autant et nous avons jugé plus prudent de les jeter avant que quelqu'un ne s'y assoie et se retrouve pas terre.

Comme j'étais dans un de mes jours "Débarrassons-nous de toutes ces vieilleries" (Ca m'arrive rarement, mais quand ca m'arrive, je ne fais pas les choses à moitié), j'ai décidé - vu l'état vraiment pitoyable de l'épouvantail -  de l'emporter avec les chaises à la déchetterie. Il avait mal résisté aux intempéries et surtout aux hivers passés dans l'appentis en compagnie de souris qui l'avaient grignoté ici et là.

J'ai d'abord transporté les chaises de l'autre côté de la maison, là où nous entreposons les déchets avant d'aller nous en débarrasser à la ville voisine et j'ai abandonné l'épouvantail gisant sur la terrasse.

"Meurtre" d'un épouvantail

Quand je suis revenue dans la maison et que j'ai regardé á travers la vitre, cela m'a fait très mal au coeur de le voir gisant sur la terrasse et de me dire qu'il allait finir avec les ordures. Mais je me suis dit que je ne devais pas sombrer dans la sensiblerie, que ce n'était que des bouts de tissu et de la paille. Il a donc rejoint les vieilles chaises.

"Meurtre" d'un épouvantail

Mais il m'a encore plus fait mal au coeur, car ses jambes pendaient inertes comme celles d'un cadavre. Il n'avait même plus l'air d'un épouvantail, car j'avais recyclé en tuteur le bout de bambou qui lui servait de support. 

Mais lendemain nous sommes allés la déchetterie et je l'ai jeté avec les chaises, apparemment sans états d'âme.

"Meurtre" d'un épouvantail

Mais malgré mes efforts, j'avais doublement honte: honte de m'être débarrassée de lui, tel un assassin jetant sa victime dans une benne, parmi des immondices, Honte également de ma puérilité. Toutefois la première honte était la plus forte et j'avais beau me dire que ce n'était que de vieux morceaux de tissu bourrés de paille, cet épouvantail et moi, nous avions vécu pratiquement côté à côte pendant tant d'années. Nous nous étions dégradés, chacun à sa manière, au même rythme. Il était devenu un gentil compagnon, un "doudou" en quelque sorte et même presque un alter ego, puisque je l'avais choisi pendant plusieurs années, comme avatar sur le Net.

Je regrettais tellement mon geste que si j'avais pu le récupérer, je l'aurais fait, Mais les bennes étaient hors de ma portée, en contrebas.

Mais pendant que j'étais là, devant la benne, rongée par le remords (si, si, je vous assure, on peut avoir l'air d'une vieille dame tout à fait normale et être complètement dingue), mon gentil épouvantail, indifférent à son environnement, le regard levé vers le ciel, regardait défiler les nuages, en continuant de sourire

"Meurtre" d'un épouvantail
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@nnie54 13/04/2016 23:19

On s'attache même à un simple mais sympathique objet mais parfois, il faut savoir se séparer...il garde le sourire jusqu'au bout cet épouvantail.
@nnie

arlette 13/04/2016 08:34

J'aurais pu le regretter aussi!

bises

vivi 12/04/2016 19:17

Je me souviens bien de l'histoire de cet épouvantail. Tu l'as tellement aimé, il a tellement fait partie de ta vie, que c'était ton avatar pendant un temps, n'est-ce pas ?

Cigalette106 12/04/2016 17:10

Bonsoir Françoise, moi aussi il m'est arrivé de jeté un de mes "vieux" nain de jardin et après de le regretté alors à présent lorsque je vois que les couleurs sont passée et bien je les repeins et ils continuent leur petite vie dès le printemps au jardin et pour l'hiver ils dorment à la cave, bonne soirée ici c'est le déluge et des orages bisous

mireille du sablon 12/04/2016 14:43

... je crois qu'il nous est arrivé à toutes de jeter un objet et de regretter "plus que plus" après...mais bon, une fois que c'est fait, il faut savoir oublier, non?
Bises du jour de Mireille du Sablon

Françoise Andersen 12/04/2016 15:30

Bien sûr, mais comme j'ai toujours tendance à faire de l'anthropomorphisme, cet épouvantail était devenu pour moi plus qu'un objet. Oui je sais, je suis un peu dingue ;)