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Merci à l'équipe d'Overblog :)

Publié le par Françoise Andersen

Comme je vous l'avais dit, j'en avais assez du désordre indescriptible qui régnait sur mes blogs et j'avais commencé à mettre de l'ordre. J'avais supprimé toute les catégories et j'avais recommencé à zéro en en créant de nouvelles destinées à recevoir les articles que je publierais au fur et à mesure.

Et puis hier tout d'un coup, que vois-je ? Comme des spectres hideux, de vieilles catégories étaient réapparues dans la liste. Les articles qui y figuraient étant de toute façon destinés à être supprimés, je ne me suis donc pas affolée: je suis allée charger les articles en question dans l'Administration pour les effacer, et supprimer ainsi ces vieilles catégories. Mais bien qu'Overblog m'ait annoncé que les messages avaient été supprimés, ils continuaient à hanter mon blog et la liste des catégories.

J'ai décidé de tenter ma chance en m'adressant directement à Overblog depuis l'Administration. Il suffit de cliquer sur le point d'interrogation de d'écrire son message dans la fenêtre qui apparaît.

"Au secours ! Depuis quelques jours j'essayais de réorganiser mes deux blogs et d'y mettre un peu d'ordre. Tout se passait bien. J'avais supprimé toutes les catégories et j'étais repartie à zéro en en créant de nouvelles dans lesquelles je mettais au fur et à mesure les articles remis à jour. J'avais donc seulement 4 ou 5 catégories. Mais tout à coup hier de vieilles catégories ont réapparu dans la liste et je ne peux pas les supprimer car quand je veux charger les articles qui s'y trouvent on me dit qu'ils n'existent pas. Je pensais qu'aujourd'hui le problème serait résolu car souvent des bugs ne durent pas longtemps, mais c'est toujours pareil :(( Merci de bien vouloir m'aider ."

A mon immense surprise, j'ai reçu illico une réponse: 

"Bonjour, Votre demande a bien été réceptionnée et va être traitée en priorité par notre personnel d’assistance. Une réponse vous sera apportée dans les plus brefs délais. En attendant que nous vous répondions, il est FORTEMENT conseillé d'aller sur la base de connaissances mise en place pour vous aider à prendre en main la nouvelle version d'Overblog, Kiwi  http://overblog.uservoice.com/knowledgebase Cherchez bien, la plupart des réponses à vos questions s'y trouvent déjà ! Nous vous remercions d'avoir choisi Overblog.   L'équipe OverBlog - www.overblog.com"

D'une part c'était rassurant de voir qu'on allait m'aider, mais d'autre part j'avais l'impression que chez Overblog on espérait que j'allais régler le problème moi-même. 

J'ai donc été heureusement surprise de recevoir peu après un mail me disant qu'on avait fait le nécessaire. Je regrette seulement que les gentils Samaritains d'Overblog soient anonymes. Ce serait plus sympa si on pouvait mettre un prénom sur les réponses. J'ai toutefois réussi à les voir tous en consultant le lien suivant.

Merci à toute l'équipe. Je vais reprendre mon rangement pleine d'optimisme, en sachant qu'on m'aidera si je rencontre à nouveau des problèmes. Je ne regrette pas d'être restée sur Overblog.

Publié dans AU JOUR LE JOUR

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Étrange rencontre dans le TGV

Publié le par Françoise Andersen

J'étais dans le TGV Genève-Paris, il y a une vingtaine d'années.

Étrange rencontre dans le TGV

A côté de moi était assis un Japonais d'une trentaine d'années. A ma droite, de l'autre côté du couloir central, il y avait deux jeunes Suédoises. Les entendant se poser, en suédois, une question à laquelle aucune d'elles ne pouvait répondre, je me suis permis de les renseigner en danois : on peut bien se comprendre en parlant chacun sa langue (danois / suédois). Il suffit d'éviter quelques faux amis. Nous avons donc bavardé pendant un certain temps.

Ensuite le conversation s'est engagée, je ne sais comment, entre le Japonais et moi. Vous avez sans doute remarqué que je suis très bavarde et je vous vois d'ici sourire en pensant que vous n'avez aucun doute sur la manière dont cela s'est passé ;))

Très vite la conversation est devenue très personnelle. Il m'a raconté qu'il était très réceptif à la télépathie et m'en a donné un exemple. Un jour, il devait se rendre à New-York, après avoir rendu visite à des amis en Suisse. Il était donc allé au consulat des USA pour obtenir un visa. Dans la salle où il attendait son tour, il a eu tout à coup l'impression que sa mère lui demandait impérativement de revenir au plus vite au Japon. Il a abandonné ses projets et est rentré immédiatement chez lui, car il y avait souvent eu des phénomènes de transmission de pensée entre lui et sa mère. Quand il est arrivé à Tokyo, sa mère venait de mourir brutalement.

Il prétendait avoir des dons paranormaux. Il m'a dit qu'il pouvait par exemple immédiatement deviner si quelqu'un avait également des dons. Amusée, je me suis dit in petto qu'il ne voyait rien du tout, puisque j'avais déjà plusieurs fois pu lire les pensées de mes proches et eu des rêves prémonitoires, dont je vous parlerai une autre fois. Il a eu alors un petit sourire gentiment moqueur et il a ajouté. "Oui, je sais, vous aussi vous avez des dons. Je l'ai vu tout de suite. Vous avez d'abord parlé avec les Suédoises, mais ça ne faisait rien: je savais qu'ensuite nous aurions une conversation très intéressante".

Nous avons en effet eu une conversation intéressante. C'était un humaniste très sensible et très cultivé. Nous nous sommes aperçus que nous aimions les mêmes auteurs et que nous avions les mêmes vues sur beaucoup de choses. Un des livres qu'il aimait beaucoup était "Le petit Prince" de Saint-Exupéry.

Étrange rencontre dans le TGV

Il était interprète mais également peintre. Il faisait des illustrations destinées à des livres pour enfants. A mon grand étonnement, il m'a dit: "Vous écrivez des histoires pour enfants". A l'époque j'écrivais en effet des histoires pour des enfants d'une dizaine d'années sur le site de l'école communale de Martigny (Suisse).

Nous avons parlé de la vie, de la mort, de l'amour, mais aussi de la barbarie humaine. Il revenait en effet d'un "pélerinage" au musée d'Auschwitz. Il avait tenu à "voir" pour témoigner. Il pensait que c'était notre seule possibilité pour essayer que de telles atrocités ne se reproduisent plus. Il émanait de lui un telle sérénité, une telle bonté que je m'en sentais tout imprégnée.

Tout à coup le train s'est arrêté. Je suis revenue brutalement sur terre. Je n'avais pas vu le temps passer. Il m'a dit "Oui, le temps a passé très vite. Nous ne reverrons plus jamais. Mais cela n'a pas d'importance, car nous avons eu cette belle conversation". Il s'est incliné à la japonaise et il a disparu dans la foule.

Étrange rencontre dans le TGV

Publié dans Souvenirs

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Souvenir de mes 16 ans

Publié le par Françoise Andersen

Ah.... "Quelques fleurs » d'Houbigan... Si je pouvais plonger mes narines dans les effluves s'échappant d'un vieux flacon, je suis sûre que je remonterais le temps comme Proust avec sa madeleine.

Souvenir de mes 16 ans

C'était en 1954. J'avais 16 ans. Ma meilleure amie, C. allait en avoir 17. Nous étions inséparables et nous nous confiions tous nos petits secrets. Elle s'intéressait déjà aux garçons, alors qu'aucun représentant du sexe dit fort n'avait encore fait battre mon coeur. Mais un jour, au lieu de s'enticher à nouveau d'un grand dadais de terminale du lycée de garçons, elle a jeté son dévolu sur un présentateur de télévision. Celui-ci est décédé en 2008, à l'âge de 88 ans. Comme je ne veux pas dévoiler son identité, je l'appellerai J.

Nous n'avions pas encore la télé à la maison, mais les parents de mon amie avaient "un poste de télévision" comme on disait à l'époque. C'était un vrai meuble en beau bois qui trônait dans un coin du salon. En fait il y avait surtout du bois: au milieu on voyait une toute petite fenêtre très bombée et il était bien sûr en noir et blanc. Mais pour moi c'était quand même miraculeux. Il ressemblait un peu à celui-ci dont j'ai trouvé une photo sur Internet.

Souvenir de mes 16 ans

Il y avait un présentateur que C. trouvait, suivant l'expression de l'époque "vachement bien". Les jeunes d'aujourd'hui diraient qu'elle "le kiffait" !. Je n'ai pas partagé son enthousiasme en le voyant. C'était un grand échalas un peu voûté au visage long, brun avec une mèche qui lui tombait sur le front, l'air assez sympathique quand même. Mais j'ai trouvé que c'était un vieillard: il avait bien 28 ou 30 ans ! Mon amie a paru un peu déçue de ma réaction. Moi je n'avais pas encore rencontré le prince charmant, mais si je l'avais rencontré, il aurait eu les traits de Gérard Philippe, que j'avais vu peu avant dans Ruy Blas au TNP !

Souvenir de mes 16 ans

J. présentait une émission scientifique et les parents étaient étonnés, mais ravis, de constater notre brutal engouement pour les sciences. Chaque mardi, nous nous retrouvions les yeux rivés sur le petit écran.

Un jour, C. m'a dit qu'elle avait envie d'écrire à J. Mais comme elle avait une écriture de petite fille et que la mienne avait plus de caractère, elle m'a demandé si je pouvais l'écrire pour elle. J'ai bien sûr accepté, heureuse d'être mêlée à une telle aventure. Elle a commencé par me dicter ce que je devais écrire, mais comme elle manquait d'inspiration, je suis passée très vite du statut de scribe à celui d'écrivain public. C'était moi qui suggérais ce qu'il fallait lui écrire et nous en discutions ensuite ensemble. C'était une lettre d'une jeune téléspectatrice avide d'apprendre, passionnée par l'émission et admiratrice de son talentueux présentateur. Nous avons très vite écrit une seconde lettre, puis une troisième, etc. Je revois le papier à lettres: rose doublé d'un fin papier fleuri.

Souvenir de mes 16 ans

Comme si cela ne suffisait pas, l'enveloppe subissait une bonne douche de "Quelques fleurs" d'Houbigan avant de passer à la boîte au lettres. Et le tout partait pour l'ORTF, 15 rue Cognacq Jay, à Paris. Pendant plusieurs semaines tout le courrier adressé à la télé a dû empester le parfum, car celui-ci était très tenace et nous ne lésinions pas sur la quantité. Les lettres partaient régulièrement, à raison je crois d'une lettre par semaine (le même rythme que celui de l'émission).

Très vite j'étais passée (puisque c'était moi qui avais vite pris les rênes épistolaires) à un style plus intime. Je lui parlais de notre vie (de MA vie), C'était en quelque sorte le journal intime d'une lycéenne. J'essayais aussi de l'amuser, de le faire rire. Mais n'obtenant jamais de réponse, nous avons commencé à nous poser des questions. Lisait-il ces lettres. Peut-être qu'il les jetait sans les lire ou bien qu'une secrétaire jalouse les interceptait ? Alors j'ai eu - une fois de plus ;) - une idée géniale.

A l'émission, J. recevait des invités autour d'une table basse. Il suffisait donc de lui demander de frapper sur cette table avec la plat de la main. La main droite, si nos lettres l'amusaient et qu'il voulait que nous continuions à écrire, la gauche s'il voulait que nous cessions. Mais C. m'a fait intelligemment remarquer que cela allait nous poser des problèmes, car nous risquions de confondre la main droite et la main gauche sur l'écran, tout étant inversé. Nous avons donc parlé seulement de la main droite. S'il ne faisait pas le geste que nous lui demandions de faire, nous saurions qu'il fallait arrêter d'écrire.

Nous sommes arrivées 5 minutes avant le début de l'émission, ce jour-là. Notre coeur battait très fort quand la longue silhouette de J. est apparue sur l'écran. Avait-il reçu la lettre? Allait-il réagir ? Il ne s'est rien passé pendant le premier 1/4 d'heure, et nous étions très déçues. Mais soudain il a posé sa main sur la table comme pour souligner ce qu'il affirmait. Notre coeur s'est mis à battre encore plus vite, mais il pouvait s'agir d'un simple hasard. Toutefois quelques minutes plus tard, il répétait son geste, mais cette fois si violemment que le pauvre micro qui se trouvait sur la table a émis des sons discordants.

Souvenir de mes 16 ans
Souvenir de mes 16 ans

Malgré tout il continuait à ponctuer ses phrases de grandes claques sur la table. Si certains d'entre vous ont vu l'émission à cette époque, ne vous demandez plus pourquoi l'ingénieur du son était aussi incompétent. Celui-ci n'y était pour rien. Les responsables étaient deux petites lycéennes pleines d'imagination.

Je pense qu'il avait mis le cameraman - je crois qu'on dit cadreur maintenant - dans le secret, car au moment où il appuyait une dernière fois sa main sur la table, son visage est apparu en gros plan sur l'écran et il NOUS a fait un grand sourire et même un petit clin d'oeil de connivence. Nous étions aux anges...

Quand le père de C. est entré dans la pièce et qu'il a vu nos yeux briller d'émotion, il a dû se dire que nous avions vraiment la vocation des sciences et que finalement il pouvait espérer qu'on allait toutes les deux choisir la filière scientifique et non pas philo, comme il l'avait craint un moment.

Nous avions donc fait un grand pas en avant. Le contact, bien que virtuel, était établi. Alors nous avons joué le grand jeu et proposé un rendez-vous. Sans nous faire trop d'illusions, je l'avoue... A notre grande surprise, nous avons reçu, par retour du courrier, notre première lettre. Je revois encore la petite écriture aux jambages élégants et ces mots: "J'aimerais voir quelle curieuse petite bonne femme vous êtes" et puis la date et le lieu de rendez-vous (le jardin du Luxembourg à Paris) .

Souvenir de mes 16 ans

Je crois que nous en avons dansé de joie. Mais très vite, nous nous sommes trouvées devant un cruel dilemme. Il n'y avait pas UNE petite bonne femme, mais DEUX !! En fait la jeune fille à qui il donnait rendez-vous n'était ni tout à fait moi, ni tout à fait mon amie, mais les deux à la fois. Nous ne pouvions tout de même pas avouer la supercherie et aller toutes deux au rendez-vous ... Mais si mon amie avait posé la question de savoir laquelle de nous deux irait au rendez-vous, c’était en fait purement pour la forme. Nous connaissions déjà toutes les deux la réponse. Cétait bien sûr la plus jolie des deux qui devait y aller.

Ah que n’aurais-je donné pour être aussi jolie qu’elle. Elle avait la peau très claire, des yeux bleus de saphir, des cheveux fins aussi blonds que ceux du Petit Prince, un sourire enjôleur de fausse ingénue et un corps fluet qui donnait une impression de fragilité. Et puis elle était déjà très coquette pour son âge et se maquillait en cachette de sa mère. Moi jétais une adolescente robuste et rondelette sans aucun charme et binoclarde de surcroît. Pendant toute mon adolescence j’ai souffert en me comparant à cette amie et à ma jeune soeur. J’entends encore les dames qui disaient de ma soeur: "Comme elle est jolie". Et puis elles se tournaient vers moi, gênées, en disant à ma mère "Votre aînée est très grande pour son âge. Et puis il paraît qu'elle réussit bien à l’école !". Ah comme j’aurais échangé une dizaine de centimètres contre un visage moins ingrat ! D’ailleurs mon obsession était de "rester vieille fille". Je m’étais peu à peu faite à l’idée quaucun homme ne voudrait jamais de moi, quand ma grand-mère m’a dit un jour: "Toute marmite a son couvercle". Elle aurait mieux fait de me dire que je n'étais pas si moche que je le croyais. Elle aurait pu me parler de beauté intérieure, etc. Mais non, jai vécu toute mon adolescence dans l’ombre de la beauté de mon amie et de ma petite soeur.

Bref il a été décidé que cétait mon amie qui se rendrait au rendez-vous. Il s’agissait maintenant de bien le préparer. Pas question de décevoir notre idole !

Qu'allait-elle mettre ? Nous nous sommes mises à vider sa penderie pour faire des essais.

Souvenir de mes 16 ans

Elle préférait une jupe serrée (qui faisait bien ressortir ses petites fesses) et un pull bien collant, qui ne laissait lui non plus rien à l'imagination. Je lui ai fait remarquer qu'elle n'allait pas faire le trottoir. Ses yeux bleus mont lancé un regard noir et j'ai senti que notre amitié était en train de se lézarder. Comme je proposais une jupe plissée et un corsage bien sage à col blanc, elle a levé les yeux au ciel, le prenant à témoin de mon ignorance totale sur le plan de la séduction. Nous avons fait un compromis et elle a choisi un petit ensemble écossais très élégant.

Il fallait aussi trouver un alibi. Là c'était dans mes cordes: quand il s'agissait de raconter des histoires au parents, je n'avais pas ma pareille! Donc "notre prof nous avait recommandé la lecture d'un livre qu'il fallait ABSOLUMENT lire et que nous n'avions pas trouvé à la librairie. Il fallait le commander et ça prenait 5 ou 6 jours. Dailleurs même si nous le commandions, il était très cher, alors mieux valait aller l'acheter d'occasion pour presque rien sur le Boulevard St-Michel (pas loin du Luxembourg)". C’était très valorisant: nous montrions que nous étions non seulement studieuses mais également économes. Ce n'était pas la première fois que mon amie allait seule à Paris et nous n'avons rencontré aucune difficulté. Sa mère travaillait ce jour-là et il suffisait qu'elle rentre avant son retour, pour bien montrer qu'il ne s'agissait que d'une course.

Sur le chemin de la gare, elle est passée se faire admirer. J'ai été déçue: elle avait bien mis l'ensemble écossais qui était très correct, mais elle s'était outrageusement maquillée et elle était perchée sur des talons aiguilles qu'elle avait dû chiper à sa mère. De plus elle laissait derrière elle une traînée de "Quelques fleurs" d'Houbigan qui rendrait les recherches aisées pour les chiens policiers, si jamais elle venait à disparaître ! Même moi, j'aurais pu facilement la suivre à la trace. Nous avons donc commencé à nous chamailler, mais elle avait peur de rater son train et elle m’a plantée là, dévorée d'angoisse. Qu'avais-je fait ? De quoi m'étais-je rendue complice ?

Avec un petit pincement au coeur, j'ai regardé le petit tailleur écossais disparaître au coin de la rue en se dandinant. J'ai connu ensuite pendant plusieurs heures les affres de l'inquiétude que j'allais connaître plus tard en tant que mère. Tous les scénarios me sont passés par la tête (j'ai toujours eu trop d'imagination).

1. Elle allait rater son train pour rentrer, et sa mère allait s'apercevoir qu'on lui avait menti.

En fait ce n'était pas tellement dramatique, alors je suis vite passée à autre chose.

2. Je me souvenais que ma mère disait souvent à propos d'un viol : "Elle l'avait bien cherché". C'est ce qu'on dirait si ce monsieur "abusait d'elle". Je l'imaginais l'entraînant dans un bar, la faisant boire. Ensuite il l'emmenait dans sa garçonnière et la violait sauvagement. Non, j'enlevais aussitôt le "sauvagement" et même le viol, car je me disais que ce ne serait pas trop difficile de la convaincre. Mais n'empêche que j'avais bien peur que ce rendez-vous ne se termine au lit ! Dans quelques semaines elle s'apercevrait qu'elle attendait un enfant. Le suborneur refuserait bien entendu d'endosser la paternité. Elle serait "fille-mère", sa mère folle de désespoir se suiciderait peut-être... et tout cela à cause de moi.

Souvenir de mes 16 ans

Jusqu'ici j'avais toujours été celle qui était la plus raisonnable (bien qu'ayant un an de moins qu'elle) mais cette fois-ci mon goût pour l'écriture l'avait jetée dans la gueule du grand méchant loup.

J'en étais là de mes réflexions quand j'ai entendu sonner à la porte. C'était elle, toute guillerette et avec plus d'une heure d'avance. Toutes mes craintes se sont évanouies et, comme Bécaud, je me suis dépêchée de lui demander. "Alors, raconte, comment ça s'est passé...etc.". Elle ne l'avait pas vu tout de suite et c'est lui qui s'était approché d'elle le premier (grâce, je pense, aux généreuses effluves de "Quelques fleurs" d'Houbigan). Il lui avait acheté une grosse glace.

Souvenir de mes 16 ans

Il lui avait parlé de son travail à la télé, de sa petite fille de 3 ans (dont nous ignorions l'existence) mais pas de sa femme (nous l'avons donc imaginé divorcé ou veuf. (Cela ne nous est pas venu à l'idée qu'étant marié il puisse faire la sortie des lycées...). En fait au bout d'une demi-heure environ, il l'avait quittée prétextant un rendez-vous rue Cognac-Jay. Elle semblait un peu déçue et m'a avoué qu'il lui avait dit l'air rêveur: "C'est drôle, je ne vous imaginais pas du tout comme ça ! ".

Alors je me suis dit que c'était en fait peut-être moi qu'il attendait... Je me suis dit aussi qu'il ne suffisait pas d'avoir un joli minois. Du coup quand je me suis ensuite regardée dans la glace, et je me suis trouvée moins moche :))

Publié dans Souvenirs

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Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Publié le par Françoise Andersen

Il y a tant d'articles à trier, classer que je m'y perds un peu. Je publie à nouveau aujourd'hui comme suite à celui d'hier, un vieil article qui donne une idée de ma vie dans notre "Petit paradis danois". 

 

Tôt le matin mardi, le jour de notre départ du Danemark, ll faisait très beau. Pendant que nous prenions notre petit-déjeuner, je me disais que cela allait être très dur de quitter la maison sous ce soleil magnifique.

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Heureusement le temps a changé soudain et c'est devenu gris et donc moins attrayant. Le temps change très vite là-bas et souvent plusieurs fois dans la journée. J'étais donc un peu moins triste de quitter mon petit paradis, qui se trouve à environ 250 m de la mer Baltique, dans le sud du Danemark.

Les petits oiseaux viennent picorer mes graines de tournesol vers 9 h du matin et nous pouvons profiter du spectacle pendant notre petit-déjeuner.

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Parfois nous avons même la visite d'un pic épeiche.

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Souvent nous avons la chance que d'autres animaux sauvages passent dans notre jardin: des lièvres, ou/et des lapins de garenne,

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Des faisans peu farouches et curieux, qui viennent nous regarder derrière la vitre,

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Des écureuils débrouillards qui squattent les mangeoires des oiseaux pour leur voler leurs graines,

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Les écureuils font bon ménage avec les pigeons. Des pigeons qui ne sont pas les bienvenus chez moi, car leur roucoulement me tape sur les nerfs. Mais ils doivent être très bien nourris chez des voisins, car ils souffrent tous de surcharge pondérale. :))

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

Je consacrerai un jour tout un article aux écureuils, qui nous ont beaucoup amusés pendant tout l'été.

Voyage de retour Danemark --> France, septembre 2012

200 m environ après avoir quitté avec regret la maison, nous avons eu notre premier "bouchon" occasionné par un groupe de faisans, pas du tout effrayés, ni par nous qui avions été obligés de nous arrêter net devant eux, ni par la voiture arrivant en sens inverse. Nous avons dû attendre patiemment qu'ils aient tous traversé, ce qui a pris un certain temps, car ils hésitaient entre le côté droit et le côté gauche et changeaient parfois d'avis une fois de l'autre côté.

 

 

 

 

A suivre ...

Publié dans MA VIE AU DANEMARK

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Notre petit paradis danois (1) L'arrivée

Publié le par Françoise Andersen

Aujourd'hui, je vais vous parler de notre migration annuelle vers notre petite maison de vacances danoise, où nous séjournons en été, à 1200 km de Thonon. En danois on appelle d'ailleurs ces maisons "sommerhuse" = maisons d'été. Quand nous étions moins âgés, nous faisions tout le trajet en voiture, mais depuis quelques années nous prenons le train auto-couchettes allemand depuis Lörrach (près de Bâle) jusqu'à Hambourg. Cela nous fait économiser 800 km d'autoroute. Pendant que la voiture fait le voyage sur une plateforme, nous passons une nuit agréable en wagon-lit. 

 

Notre petit paradis danois      (1)    L'arrivée
Notre petit paradis danois      (1)    L'arrivéeNotre petit paradis danois      (1)    L'arrivée

J'aime bien les récits à épisodes et je commencerai donc aujourd'hui par l'arrivée, ensuite vous ferez le tour de la maison et du jardin, puis vous verrez les environs, etc.

De la gare de Hambourg Altona jusqu'au ferry, qui fait la navette entre le nord de l'Allemagne et le sud du Danemark, il n'y a que 170 km.

Quand le ferry, en provenance de l'île de Fehmarn (Allemagne), entre dans le port de Rødbyhavn (Danemark), le voyage est presque terminé, puisque notre maison est à 7 km seulement.

Notre petit paradis danois      (1)    L'arrivée

Notre lotissement (point rouge) se trouve au bord de la mer Baltique, dans une zone de polders.

Notre petit paradis danois      (1)    L'arrivée

Les petites maisons de ce lotissement de vacances sont cachées derrière de grands arbres, sauf les plus récentes qui ont été bâties dans un champ, qui devait être une réserve naturelle, mais qui a été soudain déclarée zone constructible par la commune, qui avait besoin d'argent.

Notre petit paradis danois      (1)    L'arrivée

Nous sommes heureusement dans l'ancienne partie qui date de 1960. C'est un havre de paix en pleine nature, loin de la "civilisation", à 7 km de la ville la plus proche.

Après avoir quitté Thonon la veille dans l'après-midi, nous arrivons en général le lendemain, entre midi et 1 heure.

 

Notre petit paradis danois      (1)    L'arrivée

Avant même de déjeuner et de défaire les bagages, je sors mes plantes "made in Thonon" qui ont fait le trajet dans le coffre de la voiture et je les installe ici et là. La maison reprend vie.

Notre petit paradis danois      (1)    L'arrivée

À suivre...

Publié dans MA VIE AU DANEMARK

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Le coeur dans les nuages

Publié le par Françoise Andersen

J'étais confortablement installée dans un DC 9 de la Swissair. Le pilote nous avait annoncé que nous allions bientôt atterrir à Genève et les hôtesses avaient regagné leur siège. J'étais côté couloir et ne pouvais donc rien voir, mais je m'attendais à bientôt ressentir le petit choc de l'atterrissage.

Le coeur dans les nuages

Tout à coup l'avion s'est mis à remonter. J'ai d'abord cru que c'était normal. Il arrive que la descente se fasse par à-coups et qu'on ait même la sensation de remonter. Mais effectivement on remontait et même si vite que ç'en était désagréable. Tous les passagers s'étaient tus brusquement et échangeaient des regards anxieux. J'attendais impatiemment que le pilote nous explique ce qui se passait: avait-il raté son atterrissage, allait-il recommencer ?

Après une éternité (je ne saurais dire s'il s'agissait de quelques secondes ou de quelques minutes, car j'avais complètement perdu la notion du temps), j'ai enfin entendu la voix du pilote qui nous annonçait que nous étions "déroutés vers Zurich".

Il n'y avait pas que l'avion qui était dérouté: moi aussi j’étais déroutée. J'avais en effet compris qu'il s'agissait d'un DÉTOURNEMENT d'avion. Mon imagination s'était alors mise en branle: le pilote essayait de garder son calme pour ne pas que nous paniquions, mais il avait sûrement, sur sa tempe, le canon du revolver d'un pirate de l'air. Je croyais même savoir qui c'était: un passager qui était monté en classe affaires. Je l'avais repéré avant d'embarquer, car il n'arrêtait pas de regarder sa montre et il triturait nerveusement son attaché-case. C'était un "individu de type méditerranéen" comme disent les policiers, qui excellent dans la litote.

J'ai vite abandonné ce scénario catastrophe, car le pilote nous expliquait que nous n'avions pas pu atterrir à Genève "pour des raisons techniques." 

Le coeur dans les nuages

D'abord soulagée de voir que nous n'étions pas pris en otages, j'ai recommencé à m'inquiéter: en effet en y réfléchissant bien, si nous avions des problèmes techniques, je ne voyais pas du tout ce que ça allait changer d'aller atterrir ailleurs ! Réflexion faite, j'aurais peut-être quand même préféré le détournement d'avion. En général la majorité des otages s'en sortent. Il n'en est pas de même des passagers d'un avion qui explose en vol.

Mon voisin qui s'était assoupi après le repas venait de se réveiller en entendant la voix du pilote. C'était un homme d'affaires norvégien, un grand gaillard d'une quarantaine d'années qui passait une grande partie de sa vie en avion. Il s'appelait Reinar (prononcer "raillenar") et m'avait tutoyée d'emblée à la scandinave, avant de s'endormir. Nous avions bien bavardé et sympathisé, comme c'est souvent le cas lors de ces brèves rencontres aériennes en dehors de l'espace et du temps. J'étais heureuse qu'il soit éveillé. Je me sentais maintenant un peu moins seule face à mon angoisse.Comme il avait l'air ahuri de quelqu'un qui se demande: "Où suis-je, où vais-je...", je lui ai fait un bref résumé de la situation, en ne lui cachant pas que la situation me semblait inquiétante. C'est alors que le pilote nous a annoncé que nous allions traverser une zone de turbulence et nous a ordonné d'attacher nos ceintures. En effet nous avons été aspirés par un trou d'air impressionnant, comme si le "problème technique" n'était pas suffisant.... Le premier trou d'air a été suivi d'un autre et là, ayant vraiment l'impression d'être en chute libre, j'ai commencé à paniquer sérieusement.

Le coeur dans les nuages

Mon voisin s'en est aperçu. Il m'a assuré que ce n'était rien du tout: il avait connu de bien pires turbulences et ça ne durait en général pas très longtemps. Quant au "problème technique" mentionné par le pilote, il devait se trouver à l'aéroport de Genève et non pas dans notre avion. Voyant que, malgré ses paroles rassurantes, j'avais l'air d'avoir de plus en plus peur, il m'a pris la main. Son regard doux et protecteur m'a enveloppée. Il m'a communiqué son calme, et l'angoisse a laissé place à un certain bien-être...pour ne pas dire un bien être certain. A 40 ans, épouse vertueuse et mère irréprochable, allais-je tomber amoureuse d'un inconnu à 9.000 m d'altitude ?

La voix du pilote m'a tirée de ma rêverie. Le commandant de bord nous annonçait que nous avions fini de traverser la zone de turbulence. Il s'excusait du "contretemps" qui nous obligeait à aller atterrir à Zurich, et il avait le plaisir de nous annoncer que les hôtesses allaient nous servir un apéritif.

C'est avec une joie intense que j'ai vu réapparaître l'hôtesse. Même quand j'ai peur, tant que je vois les hôtesses aller et venir normalement, je ne panique pas vraiment. Leur sourire est si rassurant, même si au fond de moi je me dis qu'elles sont peut-être également mortes de frousse et que les infirmières ont le même sourire professionnel quand elles se penchent au chevet des mourants.

J'ai tendu ma main droite vers la flûte que la jeune Suissesse me tendait. Et comme elle me tendait également un petit paquet de cacahouètes j'en ai profité pour récupérer discrètement ma main gauche que Reinar a semblé abandonner à regret.

 
Le coeur dans les nuages

Tout était rentré dans l'ordre et, quelques minutes plus tard, nous atterrissions sans encombre à Zurich.

Le coeur dans les nuages

Nous avons enfin appris pourquoi nous nous retrouvions là: l'avion qui nous avait précédé avait eu des difficultés. Il avait atterri dans un champ peu avant la piste. Le train d'atterrissage n'avait pas résisté au choc et un moteur et une aile avaient également été arrachés. Avec l'efficacité suisse, les pompiers étaient arrivés très rapidement sur les lieux et avaient aspergé l'appareil de mousse pour éviter un incendie. Il y avait juste eu quelques blessés légers et un seul mort: une personne âgée qui avait eu une crise cardiaque. L'aéroport avait été fermé pendant quelques heures.

Une hôtesse d'accueil nous a donné à chacun un billet de train pour Genève, mais Reinar a décrété que la meilleure solution était de louer une voiture, et il m'a proposé de l'accompagner.

Le coeur dans les nuages

J'ai failli accepter avec reconnaissance, mais il a eu le malheur d'ajouter avec son sourire ​charmeur et un regard qui en disait long que ce serait "vraiment sympa de faire la route ensemble"

L'éducation draconienne que j'avais reçue dans mon adolescence est remontée illico à la surface. Des clichés me revenaient à l'esprit: "On ne part pas comme ça avec le premier venu", "On se sait jamais à qui on a affaire", "Après il y en a qui se plaignent qu'elles se sont fait violer !", etc., etc. Je me rendais compte du ridicule de la situation: je me comportais comme une vierge effarouchée, mais c'était plus fort que moi, je ne pouvais pas accepter.

Pourtant j'étais en fait persuadée que je ne risquais pas de me trouver dans une situation embarrassante en acceptant de "faire du stop". Il avait l'air trop bien élevé et intelligent pour risquer de s'entendre dire "Monsieur, je ne suis pas celle que vous croyez". Je ne me rappelle même plus quelle excuse j'ai trouvée pour lui dire que je préférais prendre le train. Ah oui, je m'en souviens maintenant: il devait se rendre à Lausanne, alors que moi j'allais jusqu'à Genève. Il aurait de toute façon fallu que je prenne le train pour Genève, alors autant le prendre à Zurich. Mon explication tenait la route, je n'ai donc heureusement pas été ridicule. Malgré tout il a eu un léger sourire amusé. Je pense qu'il n'a pas été dupe. Il a aussitôt abandonné son projet de location de voiture (ce qui m'a flattée), et m'a suivie dans le long couloir qui menait au quai. Nous avons pris le train ensemble, et j'avoue que je n'étais pas mécontente de passer encore quelques heures en sa compagnie.

Le coeur dans les nuages

Dans le train, il m'a avoué en souriant qu'il n'avait auparavant jamais eu peur en avion, même dans des situations absolument dramatiques. Mais mon angoisse avait été si forte que j'avais réussi à la lui communiquer. Il en était encore abasourdi.

Le voyage a été très agréable et a passé à une vitesse vertigineuse.

Il est descendu à Lausanne en me lançant un dernier regard teinté d'un vague regret. Je ne l'ai plus jamais revu...

Publié dans Souvenirs

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Le plaisir de donner

Publié le par Françoise Andersen

Il y a une vingtaine d'années, nous étions en vacances à l'hôtel sur une île grecque, la Crète. Notre serveur, Yannis, un jeune homme très sympathique, parlait un peu anglais, ce qui nous permettait de bavarder avec lui à chaque repas. Au bout de 15 jours, nous avions établi des rapports presque amicaux avec lui. Un jour, j'étais revenue déçue du marché, car je voulais rapporter des figues au Danemark et je n'en avais pas trouvé. Je lui ai donc demandé où on en vendait. Il m'a répondu qu'il en vendait lui-même, car il venait d'hériter d'un petit lopin de terre où il récoltait des figues. Il ajouté qu'il m'en apporterait avec plaisir le lendemain.

Il a tenu parole: dès que nous nous sommes installés à notre table, je l'ai vu arriver, un grand sourire aux lèvres, tenant un sac en plastique. A l'intérieur il devait bien y avoir trois ou quatre kilos de figues. C'était bien sûr beaucoup trop pour nous, mais je les ai acceptées quand même, car j'étais contente de lui rendre service. Il avait toujours été si attentionné, si chaleureux avec nous, que je voyais là l'occasion de lui faire gagner un peu d'argent, qui complèterait son maigre salaire. Mais quand mon mari a sorti son porte-monnaie pour le payer, il a protesté énergiquement: "Mais c'est un cadeau !". Mon mari a insisté en lui tendant un billet. Nous aurions accepté quelques fruits, mais pas plusieurs kilos. Mais soudain j'ai compris, en voyant le visage souriant du jeune homme se décomposer, que nous étions en train de commettre une grosse gaffe et qu'il ne fallait jamais refuser un cadeau, surtout venant d'un Grec. Yannis semblait vraiment blessé de notre attitude et j'étais désolée. Je ne savais pas comment réparer la situation. Je l'ai bien sûr remercié de tout mon coeur. Il a vu que son cadeau m'avait beaucoup touchée et que ce quiproquo était dû à ma méconnaissance de la culture grecque. Dans ce pays il faut toujours accepter tout de suite ce que l'on vous donne de si bon coeur, sans les politesses qui sont d'usage ailleurs ("C'est trop, je ne peux pas accepter, etc."). Sinon on risque de vexer ces gens si généreux.

Au cours de promenades à bicyclette dans l'arrière-pays crétois, hors des lieux touristiques, nous avons souvent rencontré des paysans qui semblaient très heureux. Ils étaient pourtant très pauvres, mais ils tenaient toujours à nous offrir quelque chose: un fruit, un verre de Ouzo ou tout simplement un grand verre d'eau fraîche, qu'ils nous invitaient à boire dans la fraîcheur d'une pièce, dont la porte restait toujours ouverte.

Le plaisir de donner

Il y a quelques années, des nutritionnistes ont découvert que si les Crétois vivaient très longtemps et en très bonne santé, c'était grâce à ce qu'ils ont appelé "le régime crétois": de l'huile d'olive, beaucoup de fruits et légumes, peu de viande et du vin rouge, avec modération. Mais le secret de leur grande forme n'est peut-être pas seulement dans leur alimentation. Elle est peut-être due aussi à leur mode de vie sans stress et au fait que le plaisir qu'ils éprouvent à donner les rend heureux et donc plus résistants aux maladies.

Publié dans Réflexions

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Le pouvoir d'un sourire

Publié le par Françoise Andersen

Mon mari et moi, nous marchions sur le trottoir et quatre ou cinq jeunes d'environ dix-huit ans arrivaient en sens inverse, à une cinquantaine de mètres de nous. Ils étaient en plein milieu de la rue et nous les entendions plaisanter et rire. C'était une impasse pratiquement sans circulation, et il n'y avait qu'un trottoir étroit, d'un seul côté, avec juste la place pour deux personnes. Tout à coup un des garçons, un grand gaillard qui devait bien faire 1,90 m, a quitté le groupe et est monté sur le trottoir Il fonçait vers nous l'air décidé et agressif. Ses camarades observaient la scène en chuchotant et riant sous cape. J'ai tout de suite compris la situation. Le garçon avait dû leur dire: "Vous allez voir comment je vais leur faire peur, aux vieux. Je vais aller droit vers eux, et ils vont voir qui fait la loi. Ils vont être obligés de descendre du trottoir." J'ai beaucoup d'intuition et je sens tout de suite quand je suis en danger, qu'il s'agisse d'un animal ou d'un humain. Or ce garçon ne me semblait pas méchant. J'avais l'impression d'une sorte de pari que je ne voulais pas lui laisser gagner. Alors j'ai employé la seule arme que j'avais à ma disposition, mais dont je connais l'efficacité: le sourire.

 

Le pouvoir d'un sourire

Quand il a été à quelques mètres de nous, je lui ai dit "Bonjour" et lui ai souri. Cela l'a complètement désarçonné. Après quelques fractions de secondes d'hésitation, il a murmuré "Bonjour" et est descendu du trottoir. Il est allé rejoindre ses copains, qui riaient et semblaient se moquer de lui.

J'aime bien tester mon sourire et j'ai des tas d'autres anecdotes à ce sujet. Par exemple celle-ci: nous étions dans le train auto-couchettes qui nous ramenait en France, tôt le matin. Nous étions arrêtés dans une gare et prenions notre petit déjeuner dans notre confortable wagon-lit. Sur l'autre voie, juste de l'autre côté de la vitre, il y avait un train de banlieue, qui était en train de se remplir de voyageurs, qui semblaient encore ensommeillés. La plupart avaient l'air indifférents et avançaient machinalement, comme des somnanbules, le regard dans le vide. D'autres nous lançaient des regards presque mauvais. Je me disais qu'ils étaient peut-être jaloux de voir ces vieux oisifs qui voyageaient confortablement, alors qu'une dure journée de labeur les attendait. J'ai alors tenté une expérience et adressé un sourire à tous ceux dont je croisais le regard, au fur et à mesure qu'ils avançaient dans leur compartiment. Mais je me heurtais à chaque fois à des visages fermés, sans la moindre réaction. J'étais en train de me décourager et prête à abandonner, quand un jeune homme, qui semblait d'origine turcque, est monté dans le train. Il a tout de suite répondu à mon sourire. Son visage s'est éclairé et on voyait qu'il était vraiment heureux que je lui aie souri. Et moi, j'étais heureuse de lui avoir procuré cette petite joie.

Si parfois je ne suis pas très en forme, entourée de visages moroses, alors je mets mon "pull-sourire". 

Le pouvoir d'un sourire

Il est très vieux, mais j'en prends bien soin, car je ne pourrais pas m'en passer. Devant il y a une grosse applique en tissu représentant un clown. C'est presque mécanique: quand je passe devant un miroir et que je vois ce visage hilare, cela me remet de bonne humeur. Je retrouve le sourire et j'en déclenche à nouveau autour de moi.

Faites comme moi: souriez. C'est magique !

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Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Publié le par Françoise Andersen

C'était pendant la seconde guerre mondiale. J'avais quatre ans et je fréquentais un petit jardin d'enfants. Mes premiers souvenirs de cette période sont les projections de dessins animés muets, en noir et blanc, que la directrice organisait de temps en temps à la cave. Elle avait un vieux projecteur avec une manivelle qu'il fallait tourner pour faire défiler les images. Nous étions encore loin du temps des DVD ! Un jour je me suis aperçue que ces séances commençaient toujours quand retentissait la sirène annonçant des bombardements, C'était une manière de nous mettre à l'abri tout en occupant notre attention, jusqu'à ce que le danger soit passé.

 

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Un jour un nouveau est arrivé dans la classe. C'était un petit garçon souriant à l'air malicieux. Il avait presque le même âge que moi, mais on aurait dit qu'il avait un an de moins, car il était petit et malingre. Au début je ne l'ai pas trouvé particulièrement intéressant, mais il l'est devenu petit à petit, quand il a commencé à me lancer des regards admiratifs et énamourés. Il était très galant. Quand j'étais sur le point de m'asseoir, il tirait ma chaise de sous la table en s'inclinant ensuite légèrement , comme il l'avait sûrement vu faire par des serveurs dans les grands restaurants. Au moment de partir, il se précipitait sur mon manteau et le tenait derrière moi pour que je l'enfile. Il me faisait des compliments, me disait que j'avais de beaux cheveux.

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Les adultes s'émerveillaient: "Comme ils sont mignons, un vrai petit couple d'amoureux!". A la seule différence que je n'étais pas amoureuse de lui. Je trouvais qu'il faisait "bébé" à côté de moi, qui paraissais beaucoup plus que mon âge. Malgré tout j'étais quand même fière de toutes les attentions qu'il avait à mon égard. C'était bien agréable d'être ainsi choyée par quelqu'un qui m'aimait tant.

Lors des séances de ciné l'atmosphère était assez angoissante à cause du bruit des bombes qui s'abattaient sur la ville. Mon petit amoureux qui sentait sûrement que j'avais peur me prenait alors doucement la main et me souriait gentiment comme s'il voulait me dire: "Ne crains rien, je suis là". Et en fait sa présence et son calme me rassuraient.

Même si je pressentais un danger, j'en étais arrivée à apprécier ces séances pendant lesquelles nous étions assis l'un contre l'autre, main dans la main. Petit à petit je m'attachais à lui. Il me donnait des petits noms affectueux: ma cocotte, mon petit lapin, etc.

Bref nous coulions le parfait amour, lui qui m'aimait et moi qui trouvais agréable de me laisser m'aimer. Un jour il n'est pas venu au jardin d'enfants. J'ai cru qu'il était malade et allait revenir. Mais le lendemain j'ai découvert l'affreuse vérité. Je me rappelle ce jour comme si c'était hier. En sortant de l'épicerie, nous avions croisé la mère de mon petit camarade. Elle nous avait dit qu'il n'était pas venu au jardin d'enfants parce qu'ils étaient en plein préparatifs de déménagement. Ils allaient partir le lendemain s'installer en Alsace, c'est-à-dire, pour moi à l'autre bout du monde. C'était une catastrophe. Je me rendais enfin compte que je l'aimais et je me demandais comment j'allais pouvoir vivre sans lui. J'étais probablement devenue dépendante de l'amour sans bornes qu'il me portait. Les deux mamans continuaient à bavarder calmement sans s'apercevoir de mon désarroi. Les adultes ne se rendent pas compte que l'amour peut déjà faire tant souffrir à cet âge.

 

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Une soixantaine d'années plus tard, j'ai été invitée à un mariage. J'avais su par la mère de la mariée qu'un des invités était originaire de la même ville que moi, que nous avions fréquenté le même jardin d'enfants et que nos mamans se connaissaient à l'époque. J'ai tout de suite pensé qu'il devait s'agir de mon petit chevalier servant. Nous devions être à la même table pour le repas de noces. J'avoue que j'étais un peu émue à l'idée que j'allais peut-être le revoir. Quand j'ai vu un petit monsieur fluet au regard pétillant s'asseoir en face de moi, j'ai été certaine que c'était lui. C'était même incroyable qu'il ressemble tant au petit garçon qu'il avait été. Mais quand j'ai commencé à évoquer des souvenirs du jardin d'enfants, cela ne lui rappelait rien. il m'a dit qu'il devait être dans une autre classe, qu'il ne ne souvenait pas de moi. Pourtant j'étais sûre que c'était lui, mais il m'avait apparemment oubliée. J'avoue que cela m'a un peu vexée.

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L'arrière-grand-père joueur et gourmand

Publié le par Françoise Andersen

Étant donné que nous vivions en appartement à Copenhague dans les années soixante / soixante-dix, la chasse aux oeufs de Pâques avait toujours lieu à la campagne, chez le père de mon mari, qui habitait une maison avec un grand jardin.

Pendant que les enfants jouaient avec lui à l'intérieur, je me glissais en douce dans le jardin et j'allais cacher les friandises avec ingéniosité. J'avoue que j'y prenais beaucoup de plaisir, car c'était une sorte de jeu pour moi aussi.

Un jour, le lendemain de Pâques, mon beau-père m'annonce au téléphone que les enfants n'avaient pas tout trouvé. Il avait continué la chasse après notre départ et avait fait une bonne récolte. Malgré ses 90 ans il semblait heureux comme un gamin.

Alors je me suis donné ensuite du mal chaque année pour trouver certaines cachettes trop difficiles ou même inaccessibles pour les enfants. Je me faisais en même temps plaisir en imaginant sa joie quand il les découvrirait après notre départ. Il m'avait en effet avoué que dès que nous étions partis, il se précipitait dans le jardin pour faire sa chasse aux oeufs "oubliés".

Chaque année nous lui offrions - comme le veut la coutume danoise quel que soit l'âge -  un gros oeuf rempli de chocolats, mais rien ne lui faisait autant plaisir que les modestes petites frriandises qu'il avait lui-même trouvées.

Certaines personnes ne perdent jamais leur âme d'enfant. Mon beau-père est mort à 93 ans, alors qu'il était encore, à l'intérieur, un grand gamin.

L'arrière-grand-père joueur et gourmand

Publié dans Souvenirs

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