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11 articles avec souvenirs

L'arrière-grand-père gourmand

Publié le par Françoise Andersen

Faute d¨écrire un nouvel article, j'aurais dû publier à nouveau cette histoire écrite l'an dernier à l'occasion de Pâques. Mieux vaut tard que jamais ...

Étant donné que nous vivions en appartement à Copenhague dans les années soixante / soixante-dix, la chasse aux oeufs de Pâques avait toujours lieu à la campagne, chez le père de mon mari, qui habitait une maison avec un grand jardin.

Pendant que les enfants jouaient avec lui à l'intérieur, je me glissais en douce dans le jardin et j'allais cacher les friandises avec ingéniosité. J'avoue que j'y prenais beaucoup de plaisir, car c'était une sorte de jeu pour moi aussi.

Un jour, le lendemain de Pâques, mon beau-père m'annonce au téléphone que les enfants n'avaient pas tout trouvé. Il avait continué la chasse après notre départ et avait fait une bonne récolte. Malgré ses 90 ans il semblait heureux comme un gamin.

Alors je me suis donné ensuite du mal chaque année pour trouver certaines cachettes trop difficiles ou même inaccessibles pour les enfants. Je me faisais en même temps plaisir en imaginant sa joie quand il les découvrirait après notre départ. Il m'avait en effet avoué que dès que nous étions partis, il se précipitait dans le jardin pour faire sa chasse aux oeufs "oubliés".

Chaque année nous lui offrions - comme le veut la coutume danoise quel que soit l'âge - un gros oeuf rempli de chocolats, mais rien ne lui faisait autant plaisir que les modestes petites frriandises qu'il avait lui-même trouvées.

Certaines personnes ne perdent jamais leur âme d'enfant. Mon beau-père est mort à 93 ans, alors qu'il était encore, à l'intérieur, un grand gamin.

L'arrière-grand-père gourmand

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L'enfant soldat allemand

Publié le par Françoise Andersen

Je me suis aperçue dernièrement que cet article avait mystériieusement disparu de mon blog. Comme c'était un "souvenir de guerre" très important pour moi, je l'ai reconstitué

*********************************************************

C'était pendant la seconde guerre mondiale. Nous avions dû quitter Creil, à 45 km de Paris, à cause des bombardements qui s'intensifiaient de plus en plus. Creil servait en effet à la fois de base aérienne pour la Luftwaffe (sur l'actuelle base aérienne) et de nœud ferroviaire essentiel. Les carrières de Saint-Maximin et de Saint-Leu-d'Esserent que servaient de base aux V1 de l'armée allemande n'étaient pas loin.

J'ai de rares souvenirs de cette période, juste des flashs d'événements qui m'ont vraiment frappée. Ce qui est étrange c'est que j'ai en revanche des souvenirs très précis du jardin d'enfants que j'avais fréquenté plus tôt, quand je n'avais que 3 ans. Je pense que les années qui ont suivi ont été si traumatisantes que plein de mauvais souvenirs ont été refoulés par mon subconscient.

Quand je repense à l'exode, je revois juste une longue route à travers champs, qui nous a menés à un village où nous allions nous réfugier. Maman poussait un vieux landau dans lequel elle avait entassé plein de choses.

L'enfant soldat allemand

Mon père tirait la bicyclette sur laquelle j'étais assise. Mes parents jetaient de temps en temps des regards inquiets vers le ciel. Je pensais qu'ils avaient peur qu'il se mette à pleuvoir, mais ils redoutaient sûrement de voir apparaître des bombardiers dans le ciel.

L'enfant soldat allemand

Ce trajet entre Creil et Saint-Vaast m'a semblé durer une éternité. Pourtant je crois me rappeler que nous n'avions fait que les derniers kilométres à pied et que la première partie s'était faite à l'arrière d'un camion.

Maman avait loué une maison dans ce village grâce à une dame qui l'avait mise en relation avec quelqu'un qui connaissait quelqu'un à qui elle avait remis des arrhes.

Quand nous sommes arrivés à l'adresse indiquée, j'ai été émerveillée. Au fond d'une grande cour il y avait une très jolie maison en pierre avec un escalier arrondi assez imposant qui menait à la porte d'entrée. Je la revois encore aujourd'hui. Quel bonheur j'ai ressenti à l'idée d'habiter là !

Mais ma joie a été de courte durée, car le monsieur qui devait nous y attendre pour nous remettre les clés n'était pas là. Ma mère est allée se renseigner dans une maison voisine et la terrible nouvelle est tombée. Elle avait été la victime d'un escroc qui avait déjà "loué" plusieurs fois cette maison, dont les propriétaires étaient allés se réfugier dans le Midi.

S'en est suivi une terrible dispute. Mon père a reproché à ma mère d'avoir été trop naïve et de s'être faite une nouvelle fois avoir. Moi je me demandais où nous allions dormir ce soir-là et cette angoisse qui m'a assaillie tant de fois pendant la guerre (et aussi longtemps après) a resurgi.

J'ouvre ici une parenthèse pour dire que j'hésitais entre un ou deux "R" et que j'ai donc vérifié dans le Robert. Et que vois-je "resurgir OU ressurgir" . Cela ne valait pas la peine que je me lève. Grrrr.....

Après il y a un énorme trou dans ma mémoire. Je me rappelle seulement que nous avons vécu en troglodytes, jusqu'à la Libération. J'ai trouvé sur le Net des images qui correspondent vaguement à mes souvenirs.

L'enfant soldat allemand

Je revois une porte donnant dans une cuisine creusée dans la pierre. Le sol était en terre battue. Au fond il y avait une chambre sans fenêtre. On pouvait monter au-dessus de la "maison" par un petit sentier abrupte à gauche. La cheminée sortait de terre, au milieu de l'herbe, à travers le terrain en friche qui nous servait de toit.

Je viens de faire des recherches sur Google et j'ai trouvé qu'il y a à Saint-Vaast des carrières désaffectées. C'est peut-être dans l'une d'elles que nous avions trouvé refuge. Nous avions quand même, à droite de la porte, une fenêtre qui apportait un peu de lumière dans la cuisine. Quant à la pièce du fond qui nous servait de chambre, elle était dans une totale obscurité. Elle devait m'effrayer tellement que, dans mes souvenirs, je revois juste une porte fermée comme si mon subconscient refusait de l'ouvrir. Pas étonnant que je sois devenue un peu claustrophobe !

Quelques années plus tard, j'ai entendu dire un jour que les Américains approchaient et que nous allions bientôt être libérés J'avais vu, en bas, sur la route, des soldats allemands en camion et en moto qui s'éloignaient du village. On disait qu'ils fuyaient.

Je me souviens que ce jour-là (je devais avoir environ 6 ans) j'étais seule devant notre "maison". Maman s'était absentée peut-être pour faire une courses ou aller aux nouvelles. J'ai vu arriver un grand garçon maigre et hagard. qui s'est adressé à moi en allemand. Je pense qu'il n'avait que 15 et 16 ans puisque je l'ai considéré comme un "grand garçon" et non pas un homme. Peut-être qu'il paraissait plus jeune que son âge ou bien que les Nazis manquant d'hommes à la fin de la guerre, envoyaient des enfants au Front.

Je n'ai pas eu peur. C'est lui qui me semblait terrorisé. Tout en parlant. il avançait ses mains vers moi dans un geste suppliant. Comme il a vu que je ne comprenais pas, il a mimé quelqu'un qui portait quelque chose à sa bouche. Il semblait affamé. Il me faisait vraiment de la peine et je lui aurais bien donné quelque chose à manger, mais la porte de la maison était fermée à clé. J'ai dû avoir un geste d'impuissance et il est parti en courant. Il portait juste un pantalon et une chemise dont il avait retroussé les manches. Il ne ressemblait pas à un soldat. Je suppose qu'il avait déserté après s'être débarrassé de son uniforme et qu'il n'avait rien mangé depuis plusieurs jours.

Cette image est restée gravée dans ma mémoire et je revois encore aujourd'hui ses yeux si bleus au regard suppliant. Quelle horreur, la guerre !

Autres souvenirs de guerre:

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L'officier allemand

Publié le par Françoise Andersen

Je suis née en 1938, en région parisienne, et mon enfance a été marquée par la seconde guerre mondiale. Un des souvenirs les plus nets de cette période est celui d'un homme, dont je n'ai jamais connu le nom et qui a toujours été pour moi "l'officier allemand". Il logeait à une cinquantaine de mètres de chez nous, dans une grande demeure appartenant à une entreprise de travaux publics. Celle-ci avait fermé, après le départ, sous les drapeaux, de son patron et de ses employés. Une partie de cette maison avait été réquisitionnée pour cet officier. La femme de l'entrepeneur devait donc subir sa présence et elle déplorait cette réquisition, mais je ne l'ai jamais entendue se plaindre de lui. Elle le disait très discret et courtois. Mes parents étaient les locataires de cette dame et nous habitions dans l'une des deux petites maisons jumelles bâties de chaque côté d'un grand porche, à l'entrée de la propriété. Le soir, quand l'officier rentrait, on entendait le grincement de la porte cochère, suivi du bruit cadencé des bottes sur les pavés.

Photo d'un offficier allemand trouvée sur Internet

Photo d'un offficier allemand trouvée sur Internet

Aussitôt l'ambiance changeait dans la cuisine et se chargeait d'angoisse. Ma mère se dépêchait d'éteindre le vieux poste de radio qui était branché sur la BBC, chaîne anglaise qu'il était interdit d'écouter. Elle refermait ensuite précipitamment la porte du placard, où il était caché. Le Général de Gaulle dirigeait, depuis Londres, l'action de la Résistance française, avec un groupe de Français. Ces hommes avaient, comme lui, fui le régime du maréchal Pétain, qui collaborait avec l'Allemagne nazie. Je me souviens des messages codés du genre "Les carottes sont cuites", brouillés par l'ennemi, qui tentait de les empêcher d'arriver jusqu'aux résistants, qui attendaient ces ordres pour mettre en oeuvre des sabotages, etc. C'est d'ailleurs un message de ce genre qui a déclenché le Débarquement. Ces messages ne concernaient pas mes parents, mais je pense qu'en les écoutant, ils reprenaient espoir. Quelque chose était en marche et allait mener à la Libération.

Un soir, l'officier allemand a frappé soudain à la porte vitrée de la cuisine qui donnait sur une notre petite cour. Normalement cette porte menant sous la porte cochère était fermée à clé, mais ce jour-là elle était apparemment restée ouverte. Il s'est excusé de cette intrusion et a demandé s'il pouvait acheter des oeufs. Il avait vu que nous avions un poulailler avec quelques poules. Son regard s'est tout de suite porté sur le poste de radio que maman n'avait pas eu le temps de cacher. J'ai vu l'effroi dans le regard de mes parents.

L'officier allemand

L'officier a alors fait mine de n'avoir rien vu et il m'a fait un gentil sourire, comme pour me dire: "Ne crains rien". Depuis ce, jour j'ai su que cet homme n'était pas méchant et qu'il était pris malgré lui dans cette guerre. Mes parents m'avaient toujours dit que je ne devais pas lui parler, qu'il était dangereux. Il aurait pu l'être en effet pour nous, s'il avait appris l'existence de mon oncle, qui était dans la Résistance. (voir note et photos à la fin).

Je comprends donc que mes parents aient eu peur qu'il me pose des questions. Ils me l'avaient donc presque décrit comme un ogre qui mange les petits enfants.

Un jour, je jouais dans la cour et la porte était restée ouverte pendant que maman était allée parler à la femme de l'entrepreneur. J'ai entendu le bruit des bottes sous le porche et j'ai vu l'officier passer. Il s'est arrêté, m'a souri et a dit: "Je peux ?" avant de s'avancer vers moi dans la cour. Il m'a demandé le nom de ma poupée et nous avons échangé quelques mots. Puis il s'est accroupi devant moi et m'a parlé de lui. Je n'ai pas tout compris car, parfois, il se mettait à parler allemand. Il était musicien et malgré mon jeune âge, j'ai senti que c'était bien malgré lui qu'il portait cet uniforme ennemi.

L'officier allemand

Il m'a dit que j'étais une jolie petite fille et a ajouté, en me caressant doucement les cheveux, qu'il avait lui aussi une petite fille de mon âge. J'ai lu alors dans ses yeux une immense tristesse et une larme a glissé lentement sur sa joue. Ma mère est arrivée. Il s'est levé d'un bond, comme pris en faute, a claqué des talons, et l'a saluée. Je ne l'ai plus jamais revu. J'ai appris plus tard qu'il avait été envoyé au Front de l'Est. J'espère qu'il n'y est pas mort et qu'il a pu retrouver sa fille. Il lui a peut-être parlé d'une petite Française de quatre ans, qui est maintenant une mamie de 77 ans, qui se souvient encore de lui.

Note:

>>François ROCHEX a appartenu à un groupe de résistants rattaché à "Libé Nord" jusqu'au 22/10/1944 sous les ordres d' André Bataillard alias commandant "Martin" << Source Google

Mon oncle arrive ici, tout guilleret, en octobre 2011, à la réception organisée en son honneur, par la mairie de sa ville (Nogent-sur-Oise), à l'occasion de son centième anniversaire.

L'officier allemand
Avec sa fille Nellie Rochex et le maire de Nogent-sur-Oise

Avec sa fille Nellie Rochex et le maire de Nogent-sur-Oise

L'officier allemand

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Étrange rencontre dans le TGV

Publié le par Françoise Andersen

J'étais dans le TGV Genève-Paris, il y a une vingtaine d'années.

Étrange rencontre dans le TGV

A côté de moi était assis un Japonais d'une trentaine d'années. A ma droite, de l'autre côté du couloir central, il y avait deux jeunes Suédoises. Les entendant se poser, en suédois, une question à laquelle aucune d'elles ne pouvait répondre, je me suis permis de les renseigner en danois : on peut bien se comprendre en parlant chacun sa langue (danois / suédois). Il suffit d'éviter quelques faux amis. Nous avons donc bavardé pendant un certain temps.

Ensuite le conversation s'est engagée, je ne sais comment, entre le Japonais et moi. Vous avez sans doute remarqué que je suis très bavarde et je vous vois d'ici sourire en pensant que vous n'avez aucun doute sur la manière dont cela s'est passé ;))

Très vite la conversation est devenue très personnelle. Il m'a raconté qu'il était très réceptif à la télépathie et m'en a donné un exemple. Un jour, il devait se rendre à New-York, après avoir rendu visite à des amis en Suisse. Il était donc allé au consulat des USA pour obtenir un visa. Dans la salle où il attendait son tour, il a eu tout à coup l'impression que sa mère lui demandait impérativement de revenir au plus vite au Japon. Il a abandonné ses projets et est rentré immédiatement chez lui, car il y avait souvent eu des phénomènes de transmission de pensée entre lui et sa mère. Quand il est arrivé à Tokyo, sa mère venait de mourir brutalement.

Il prétendait avoir des dons paranormaux. Il m'a dit qu'il pouvait par exemple immédiatement deviner si quelqu'un avait également des dons. Amusée, je me suis dit in petto qu'il ne voyait rien du tout, puisque j'avais déjà plusieurs fois pu lire les pensées de mes proches et eu des rêves prémonitoires, dont je vous parlerai une autre fois. Il a eu alors un petit sourire gentiment moqueur et il a ajouté. "Oui, je sais, vous aussi vous avez des dons. Je l'ai vu tout de suite. Vous avez d'abord parlé avec les Suédoises, mais ça ne faisait rien: je savais qu'ensuite nous aurions une conversation très intéressante".

Nous avons en effet eu une conversation intéressante. C'était un humaniste très sensible et très cultivé. Nous nous sommes aperçus que nous aimions les mêmes auteurs et que nous avions les mêmes vues sur beaucoup de choses. Un des livres qu'il aimait beaucoup était "Le petit Prince" de Saint-Exupéry.

Étrange rencontre dans le TGV

Il était interprète mais également peintre. Il faisait des illustrations destinées à des livres pour enfants. A mon grand étonnement, il m'a dit: "Vous écrivez des histoires pour enfants". A l'époque j'écrivais en effet des histoires pour des enfants d'une dizaine d'années sur le site de l'école communale de Martigny (Suisse).

Nous avons parlé de la vie, de la mort, de l'amour, mais aussi de la barbarie humaine. Il revenait en effet d'un "pélerinage" au musée d'Auschwitz. Il avait tenu à "voir" pour témoigner. Il pensait que c'était notre seule possibilité pour essayer que de telles atrocités ne se reproduisent plus. Il émanait de lui un telle sérénité, une telle bonté que je m'en sentais tout imprégnée.

Tout à coup le train s'est arrêté. Je suis revenue brutalement sur terre. Je n'avais pas vu le temps passer. Il m'a dit "Oui, le temps a passé très vite. Nous ne reverrons plus jamais. Mais cela n'a pas d'importance, car nous avons eu cette belle conversation". Il s'est incliné à la japonaise et il a disparu dans la foule.

Étrange rencontre dans le TGV

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Souvenir de mes 16 ans

Publié le par Françoise Andersen

Ah.... "Quelques fleurs » d'Houbigan... Si je pouvais plonger mes narines dans les effluves s'échappant d'un vieux flacon, je suis sûre que je remonterais le temps comme Proust avec sa madeleine.

Souvenir de mes 16 ans

C'était en 1954. J'avais 16 ans. Ma meilleure amie, C. allait en avoir 17. Nous étions inséparables et nous nous confiions tous nos petits secrets. Elle s'intéressait déjà aux garçons, alors qu'aucun représentant du sexe dit fort n'avait encore fait battre mon coeur. Mais un jour, au lieu de s'enticher à nouveau d'un grand dadais de terminale du lycée de garçons, elle a jeté son dévolu sur un présentateur de télévision. Celui-ci est décédé en 2008, à l'âge de 88 ans. Comme je ne veux pas dévoiler son identité, je l'appellerai J.

Nous n'avions pas encore la télé à la maison, mais les parents de mon amie avaient "un poste de télévision" comme on disait à l'époque. C'était un vrai meuble en beau bois qui trônait dans un coin du salon. En fait il y avait surtout du bois: au milieu on voyait une toute petite fenêtre très bombée et il était bien sûr en noir et blanc. Mais pour moi c'était quand même miraculeux. Il ressemblait un peu à celui-ci dont j'ai trouvé une photo sur Internet.

Souvenir de mes 16 ans

Il y avait un présentateur que C. trouvait, suivant l'expression de l'époque "vachement bien". Les jeunes d'aujourd'hui diraient qu'elle "le kiffait" !. Je n'ai pas partagé son enthousiasme en le voyant. C'était un grand échalas un peu voûté au visage long, brun avec une mèche qui lui tombait sur le front, l'air assez sympathique quand même. Mais j'ai trouvé que c'était un vieillard: il avait bien 28 ou 30 ans ! Mon amie a paru un peu déçue de ma réaction. Moi je n'avais pas encore rencontré le prince charmant, mais si je l'avais rencontré, il aurait eu les traits de Gérard Philippe, que j'avais vu peu avant dans Ruy Blas au TNP !

Souvenir de mes 16 ans

J. présentait une émission scientifique et les parents étaient étonnés, mais ravis, de constater notre brutal engouement pour les sciences. Chaque mardi, nous nous retrouvions les yeux rivés sur le petit écran.

Un jour, C. m'a dit qu'elle avait envie d'écrire à J. Mais comme elle avait une écriture de petite fille et que la mienne avait plus de caractère, elle m'a demandé si je pouvais l'écrire pour elle. J'ai bien sûr accepté, heureuse d'être mêlée à une telle aventure. Elle a commencé par me dicter ce que je devais écrire, mais comme elle manquait d'inspiration, je suis passée très vite du statut de scribe à celui d'écrivain public. C'était moi qui suggérais ce qu'il fallait lui écrire et nous en discutions ensuite ensemble. C'était une lettre d'une jeune téléspectatrice avide d'apprendre, passionnée par l'émission et admiratrice de son talentueux présentateur. Nous avons très vite écrit une seconde lettre, puis une troisième, etc. Je revois le papier à lettres: rose doublé d'un fin papier fleuri.

Souvenir de mes 16 ans

Comme si cela ne suffisait pas, l'enveloppe subissait une bonne douche de "Quelques fleurs" d'Houbigan avant de passer à la boîte au lettres. Et le tout partait pour l'ORTF, 15 rue Cognacq Jay, à Paris. Pendant plusieurs semaines tout le courrier adressé à la télé a dû empester le parfum, car celui-ci était très tenace et nous ne lésinions pas sur la quantité. Les lettres partaient régulièrement, à raison je crois d'une lettre par semaine (le même rythme que celui de l'émission).

Très vite j'étais passée (puisque c'était moi qui avais vite pris les rênes épistolaires) à un style plus intime. Je lui parlais de notre vie (de MA vie), C'était en quelque sorte le journal intime d'une lycéenne. J'essayais aussi de l'amuser, de le faire rire. Mais n'obtenant jamais de réponse, nous avons commencé à nous poser des questions. Lisait-il ces lettres. Peut-être qu'il les jetait sans les lire ou bien qu'une secrétaire jalouse les interceptait ? Alors j'ai eu - une fois de plus ;) - une idée géniale.

A l'émission, J. recevait des invités autour d'une table basse. Il suffisait donc de lui demander de frapper sur cette table avec la plat de la main. La main droite, si nos lettres l'amusaient et qu'il voulait que nous continuions à écrire, la gauche s'il voulait que nous cessions. Mais C. m'a fait intelligemment remarquer que cela allait nous poser des problèmes, car nous risquions de confondre la main droite et la main gauche sur l'écran, tout étant inversé. Nous avons donc parlé seulement de la main droite. S'il ne faisait pas le geste que nous lui demandions de faire, nous saurions qu'il fallait arrêter d'écrire.

Nous sommes arrivées 5 minutes avant le début de l'émission, ce jour-là. Notre coeur battait très fort quand la longue silhouette de J. est apparue sur l'écran. Avait-il reçu la lettre? Allait-il réagir ? Il ne s'est rien passé pendant le premier 1/4 d'heure, et nous étions très déçues. Mais soudain il a posé sa main sur la table comme pour souligner ce qu'il affirmait. Notre coeur s'est mis à battre encore plus vite, mais il pouvait s'agir d'un simple hasard. Toutefois quelques minutes plus tard, il répétait son geste, mais cette fois si violemment que le pauvre micro qui se trouvait sur la table a émis des sons discordants.

Souvenir de mes 16 ans
Souvenir de mes 16 ans

Malgré tout il continuait à ponctuer ses phrases de grandes claques sur la table. Si certains d'entre vous ont vu l'émission à cette époque, ne vous demandez plus pourquoi l'ingénieur du son était aussi incompétent. Celui-ci n'y était pour rien. Les responsables étaient deux petites lycéennes pleines d'imagination.

Je pense qu'il avait mis le cameraman - je crois qu'on dit cadreur maintenant - dans le secret, car au moment où il appuyait une dernière fois sa main sur la table, son visage est apparu en gros plan sur l'écran et il NOUS a fait un grand sourire et même un petit clin d'oeil de connivence. Nous étions aux anges...

Quand le père de C. est entré dans la pièce et qu'il a vu nos yeux briller d'émotion, il a dû se dire que nous avions vraiment la vocation des sciences et que finalement il pouvait espérer qu'on allait toutes les deux choisir la filière scientifique et non pas philo, comme il l'avait craint un moment.

Nous avions donc fait un grand pas en avant. Le contact, bien que virtuel, était établi. Alors nous avons joué le grand jeu et proposé un rendez-vous. Sans nous faire trop d'illusions, je l'avoue... A notre grande surprise, nous avons reçu, par retour du courrier, notre première lettre. Je revois encore la petite écriture aux jambages élégants et ces mots: "J'aimerais voir quelle curieuse petite bonne femme vous êtes" et puis la date et le lieu de rendez-vous (le jardin du Luxembourg à Paris) .

Souvenir de mes 16 ans

Je crois que nous en avons dansé de joie. Mais très vite, nous nous sommes trouvées devant un cruel dilemme. Il n'y avait pas UNE petite bonne femme, mais DEUX !! En fait la jeune fille à qui il donnait rendez-vous n'était ni tout à fait moi, ni tout à fait mon amie, mais les deux à la fois. Nous ne pouvions tout de même pas avouer la supercherie et aller toutes deux au rendez-vous ... Mais si mon amie avait posé la question de savoir laquelle de nous deux irait au rendez-vous, c’était en fait purement pour la forme. Nous connaissions déjà toutes les deux la réponse. Cétait bien sûr la plus jolie des deux qui devait y aller.

Ah que n’aurais-je donné pour être aussi jolie qu’elle. Elle avait la peau très claire, des yeux bleus de saphir, des cheveux fins aussi blonds que ceux du Petit Prince, un sourire enjôleur de fausse ingénue et un corps fluet qui donnait une impression de fragilité. Et puis elle était déjà très coquette pour son âge et se maquillait en cachette de sa mère. Moi jétais une adolescente robuste et rondelette sans aucun charme et binoclarde de surcroît. Pendant toute mon adolescence j’ai souffert en me comparant à cette amie et à ma jeune soeur. J’entends encore les dames qui disaient de ma soeur: "Comme elle est jolie". Et puis elles se tournaient vers moi, gênées, en disant à ma mère "Votre aînée est très grande pour son âge. Et puis il paraît qu'elle réussit bien à l’école !". Ah comme j’aurais échangé une dizaine de centimètres contre un visage moins ingrat ! D’ailleurs mon obsession était de "rester vieille fille". Je m’étais peu à peu faite à l’idée quaucun homme ne voudrait jamais de moi, quand ma grand-mère m’a dit un jour: "Toute marmite a son couvercle". Elle aurait mieux fait de me dire que je n'étais pas si moche que je le croyais. Elle aurait pu me parler de beauté intérieure, etc. Mais non, jai vécu toute mon adolescence dans l’ombre de la beauté de mon amie et de ma petite soeur.

Bref il a été décidé que cétait mon amie qui se rendrait au rendez-vous. Il s’agissait maintenant de bien le préparer. Pas question de décevoir notre idole !

Qu'allait-elle mettre ? Nous nous sommes mises à vider sa penderie pour faire des essais.

Souvenir de mes 16 ans

Elle préférait une jupe serrée (qui faisait bien ressortir ses petites fesses) et un pull bien collant, qui ne laissait lui non plus rien à l'imagination. Je lui ai fait remarquer qu'elle n'allait pas faire le trottoir. Ses yeux bleus mont lancé un regard noir et j'ai senti que notre amitié était en train de se lézarder. Comme je proposais une jupe plissée et un corsage bien sage à col blanc, elle a levé les yeux au ciel, le prenant à témoin de mon ignorance totale sur le plan de la séduction. Nous avons fait un compromis et elle a choisi un petit ensemble écossais très élégant.

Il fallait aussi trouver un alibi. Là c'était dans mes cordes: quand il s'agissait de raconter des histoires au parents, je n'avais pas ma pareille! Donc "notre prof nous avait recommandé la lecture d'un livre qu'il fallait ABSOLUMENT lire et que nous n'avions pas trouvé à la librairie. Il fallait le commander et ça prenait 5 ou 6 jours. Dailleurs même si nous le commandions, il était très cher, alors mieux valait aller l'acheter d'occasion pour presque rien sur le Boulevard St-Michel (pas loin du Luxembourg)". C’était très valorisant: nous montrions que nous étions non seulement studieuses mais également économes. Ce n'était pas la première fois que mon amie allait seule à Paris et nous n'avons rencontré aucune difficulté. Sa mère travaillait ce jour-là et il suffisait qu'elle rentre avant son retour, pour bien montrer qu'il ne s'agissait que d'une course.

Sur le chemin de la gare, elle est passée se faire admirer. J'ai été déçue: elle avait bien mis l'ensemble écossais qui était très correct, mais elle s'était outrageusement maquillée et elle était perchée sur des talons aiguilles qu'elle avait dû chiper à sa mère. De plus elle laissait derrière elle une traînée de "Quelques fleurs" d'Houbigan qui rendrait les recherches aisées pour les chiens policiers, si jamais elle venait à disparaître ! Même moi, j'aurais pu facilement la suivre à la trace. Nous avons donc commencé à nous chamailler, mais elle avait peur de rater son train et elle m’a plantée là, dévorée d'angoisse. Qu'avais-je fait ? De quoi m'étais-je rendue complice ?

Avec un petit pincement au coeur, j'ai regardé le petit tailleur écossais disparaître au coin de la rue en se dandinant. J'ai connu ensuite pendant plusieurs heures les affres de l'inquiétude que j'allais connaître plus tard en tant que mère. Tous les scénarios me sont passés par la tête (j'ai toujours eu trop d'imagination).

1. Elle allait rater son train pour rentrer, et sa mère allait s'apercevoir qu'on lui avait menti.

En fait ce n'était pas tellement dramatique, alors je suis vite passée à autre chose.

2. Je me souvenais que ma mère disait souvent à propos d'un viol : "Elle l'avait bien cherché". C'est ce qu'on dirait si ce monsieur "abusait d'elle". Je l'imaginais l'entraînant dans un bar, la faisant boire. Ensuite il l'emmenait dans sa garçonnière et la violait sauvagement. Non, j'enlevais aussitôt le "sauvagement" et même le viol, car je me disais que ce ne serait pas trop difficile de la convaincre. Mais n'empêche que j'avais bien peur que ce rendez-vous ne se termine au lit ! Dans quelques semaines elle s'apercevrait qu'elle attendait un enfant. Le suborneur refuserait bien entendu d'endosser la paternité. Elle serait "fille-mère", sa mère folle de désespoir se suiciderait peut-être... et tout cela à cause de moi.

Souvenir de mes 16 ans

Jusqu'ici j'avais toujours été celle qui était la plus raisonnable (bien qu'ayant un an de moins qu'elle) mais cette fois-ci mon goût pour l'écriture l'avait jetée dans la gueule du grand méchant loup.

J'en étais là de mes réflexions quand j'ai entendu sonner à la porte. C'était elle, toute guillerette et avec plus d'une heure d'avance. Toutes mes craintes se sont évanouies et, comme Bécaud, je me suis dépêchée de lui demander. "Alors, raconte, comment ça s'est passé...etc.". Elle ne l'avait pas vu tout de suite et c'est lui qui s'était approché d'elle le premier (grâce, je pense, aux généreuses effluves de "Quelques fleurs" d'Houbigan). Il lui avait acheté une grosse glace.

Souvenir de mes 16 ans

Il lui avait parlé de son travail à la télé, de sa petite fille de 3 ans (dont nous ignorions l'existence) mais pas de sa femme (nous l'avons donc imaginé divorcé ou veuf. (Cela ne nous est pas venu à l'idée qu'étant marié il puisse faire la sortie des lycées...). En fait au bout d'une demi-heure environ, il l'avait quittée prétextant un rendez-vous rue Cognac-Jay. Elle semblait un peu déçue et m'a avoué qu'il lui avait dit l'air rêveur: "C'est drôle, je ne vous imaginais pas du tout comme ça ! ".

Alors je me suis dit que c'était en fait peut-être moi qu'il attendait... Je me suis dit aussi qu'il ne suffisait pas d'avoir un joli minois. Du coup quand je me suis ensuite regardée dans la glace, et je me suis trouvée moins moche :))

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Le coeur dans les nuages

Publié le par Françoise Andersen

J'étais confortablement installée dans un DC 9 de la Swissair. Le pilote nous avait annoncé que nous allions bientôt atterrir à Genève et les hôtesses avaient regagné leur siège. J'étais côté couloir et ne pouvais donc rien voir, mais je m'attendais à bientôt ressentir le petit choc de l'atterrissage.

Le coeur dans les nuages

Tout à coup l'avion s'est mis à remonter. J'ai d'abord cru que c'était normal. Il arrive que la descente se fasse par à-coups et qu'on ait même la sensation de remonter. Mais effectivement on remontait et même si vite que ç'en était désagréable. Tous les passagers s'étaient tus brusquement et échangeaient des regards anxieux. J'attendais impatiemment que le pilote nous explique ce qui se passait: avait-il raté son atterrissage, allait-il recommencer ?

Après une éternité (je ne saurais dire s'il s'agissait de quelques secondes ou de quelques minutes, car j'avais complètement perdu la notion du temps), j'ai enfin entendu la voix du pilote qui nous annonçait que nous étions "déroutés vers Zurich".

Il n'y avait pas que l'avion qui était dérouté: moi aussi j’étais déroutée. J'avais en effet compris qu'il s'agissait d'un DÉTOURNEMENT d'avion. Mon imagination s'était alors mise en branle: le pilote essayait de garder son calme pour ne pas que nous paniquions, mais il avait sûrement, sur sa tempe, le canon du revolver d'un pirate de l'air. Je croyais même savoir qui c'était: un passager qui était monté en classe affaires. Je l'avais repéré avant d'embarquer, car il n'arrêtait pas de regarder sa montre et il triturait nerveusement son attaché-case. C'était un "individu de type méditerranéen" comme disent les policiers, qui excellent dans la litote.

J'ai vite abandonné ce scénario catastrophe, car le pilote nous expliquait que nous n'avions pas pu atterrir à Genève "pour des raisons techniques." 

Le coeur dans les nuages

D'abord soulagée de voir que nous n'étions pas pris en otages, j'ai recommencé à m'inquiéter: en effet en y réfléchissant bien, si nous avions des problèmes techniques, je ne voyais pas du tout ce que ça allait changer d'aller atterrir ailleurs ! Réflexion faite, j'aurais peut-être quand même préféré le détournement d'avion. En général la majorité des otages s'en sortent. Il n'en est pas de même des passagers d'un avion qui explose en vol.

Mon voisin qui s'était assoupi après le repas venait de se réveiller en entendant la voix du pilote. C'était un homme d'affaires norvégien, un grand gaillard d'une quarantaine d'années qui passait une grande partie de sa vie en avion. Il s'appelait Reinar (prononcer "raillenar") et m'avait tutoyée d'emblée à la scandinave, avant de s'endormir. Nous avions bien bavardé et sympathisé, comme c'est souvent le cas lors de ces brèves rencontres aériennes en dehors de l'espace et du temps. J'étais heureuse qu'il soit éveillé. Je me sentais maintenant un peu moins seule face à mon angoisse.Comme il avait l'air ahuri de quelqu'un qui se demande: "Où suis-je, où vais-je...", je lui ai fait un bref résumé de la situation, en ne lui cachant pas que la situation me semblait inquiétante. C'est alors que le pilote nous a annoncé que nous allions traverser une zone de turbulence et nous a ordonné d'attacher nos ceintures. En effet nous avons été aspirés par un trou d'air impressionnant, comme si le "problème technique" n'était pas suffisant.... Le premier trou d'air a été suivi d'un autre et là, ayant vraiment l'impression d'être en chute libre, j'ai commencé à paniquer sérieusement.

Le coeur dans les nuages

Mon voisin s'en est aperçu. Il m'a assuré que ce n'était rien du tout: il avait connu de bien pires turbulences et ça ne durait en général pas très longtemps. Quant au "problème technique" mentionné par le pilote, il devait se trouver à l'aéroport de Genève et non pas dans notre avion. Voyant que, malgré ses paroles rassurantes, j'avais l'air d'avoir de plus en plus peur, il m'a pris la main. Son regard doux et protecteur m'a enveloppée. Il m'a communiqué son calme, et l'angoisse a laissé place à un certain bien-être...pour ne pas dire un bien être certain. A 40 ans, épouse vertueuse et mère irréprochable, allais-je tomber amoureuse d'un inconnu à 9.000 m d'altitude ?

La voix du pilote m'a tirée de ma rêverie. Le commandant de bord nous annonçait que nous avions fini de traverser la zone de turbulence. Il s'excusait du "contretemps" qui nous obligeait à aller atterrir à Zurich, et il avait le plaisir de nous annoncer que les hôtesses allaient nous servir un apéritif.

C'est avec une joie intense que j'ai vu réapparaître l'hôtesse. Même quand j'ai peur, tant que je vois les hôtesses aller et venir normalement, je ne panique pas vraiment. Leur sourire est si rassurant, même si au fond de moi je me dis qu'elles sont peut-être également mortes de frousse et que les infirmières ont le même sourire professionnel quand elles se penchent au chevet des mourants.

J'ai tendu ma main droite vers la flûte que la jeune Suissesse me tendait. Et comme elle me tendait également un petit paquet de cacahouètes j'en ai profité pour récupérer discrètement ma main gauche que Reinar a semblé abandonner à regret.

 
Le coeur dans les nuages

Tout était rentré dans l'ordre et, quelques minutes plus tard, nous atterrissions sans encombre à Zurich.

Le coeur dans les nuages

Nous avons enfin appris pourquoi nous nous retrouvions là: l'avion qui nous avait précédé avait eu des difficultés. Il avait atterri dans un champ peu avant la piste. Le train d'atterrissage n'avait pas résisté au choc et un moteur et une aile avaient également été arrachés. Avec l'efficacité suisse, les pompiers étaient arrivés très rapidement sur les lieux et avaient aspergé l'appareil de mousse pour éviter un incendie. Il y avait juste eu quelques blessés légers et un seul mort: une personne âgée qui avait eu une crise cardiaque. L'aéroport avait été fermé pendant quelques heures.

Une hôtesse d'accueil nous a donné à chacun un billet de train pour Genève, mais Reinar a décrété que la meilleure solution était de louer une voiture, et il m'a proposé de l'accompagner.

Le coeur dans les nuages

J'ai failli accepter avec reconnaissance, mais il a eu le malheur d'ajouter avec son sourire ​charmeur et un regard qui en disait long que ce serait "vraiment sympa de faire la route ensemble"

L'éducation draconienne que j'avais reçue dans mon adolescence est remontée illico à la surface. Des clichés me revenaient à l'esprit: "On ne part pas comme ça avec le premier venu", "On se sait jamais à qui on a affaire", "Après il y en a qui se plaignent qu'elles se sont fait violer !", etc., etc. Je me rendais compte du ridicule de la situation: je me comportais comme une vierge effarouchée, mais c'était plus fort que moi, je ne pouvais pas accepter.

Pourtant j'étais en fait persuadée que je ne risquais pas de me trouver dans une situation embarrassante en acceptant de "faire du stop". Il avait l'air trop bien élevé et intelligent pour risquer de s'entendre dire "Monsieur, je ne suis pas celle que vous croyez". Je ne me rappelle même plus quelle excuse j'ai trouvée pour lui dire que je préférais prendre le train. Ah oui, je m'en souviens maintenant: il devait se rendre à Lausanne, alors que moi j'allais jusqu'à Genève. Il aurait de toute façon fallu que je prenne le train pour Genève, alors autant le prendre à Zurich. Mon explication tenait la route, je n'ai donc heureusement pas été ridicule. Malgré tout il a eu un léger sourire amusé. Je pense qu'il n'a pas été dupe. Il a aussitôt abandonné son projet de location de voiture (ce qui m'a flattée), et m'a suivie dans le long couloir qui menait au quai. Nous avons pris le train ensemble, et j'avoue que je n'étais pas mécontente de passer encore quelques heures en sa compagnie.

Le coeur dans les nuages

Dans le train, il m'a avoué en souriant qu'il n'avait auparavant jamais eu peur en avion, même dans des situations absolument dramatiques. Mais mon angoisse avait été si forte que j'avais réussi à la lui communiquer. Il en était encore abasourdi.

Le voyage a été très agréable et a passé à une vitesse vertigineuse.

Il est descendu à Lausanne en me lançant un dernier regard teinté d'un vague regret. Je ne l'ai plus jamais revu...

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Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Publié le par Françoise Andersen

C'était pendant la seconde guerre mondiale. J'avais quatre ans et je fréquentais un petit jardin d'enfants. Mes premiers souvenirs de cette période sont les projections de dessins animés muets, en noir et blanc, que la directrice organisait de temps en temps à la cave. Elle avait un vieux projecteur avec une manivelle qu'il fallait tourner pour faire défiler les images. Nous étions encore loin du temps des DVD ! Un jour je me suis aperçue que ces séances commençaient toujours quand retentissait la sirène annonçant des bombardements, C'était une manière de nous mettre à l'abri tout en occupant notre attention, jusqu'à ce que le danger soit passé.

 

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Un jour un nouveau est arrivé dans la classe. C'était un petit garçon souriant à l'air malicieux. Il avait presque le même âge que moi, mais on aurait dit qu'il avait un an de moins, car il était petit et malingre. Au début je ne l'ai pas trouvé particulièrement intéressant, mais il l'est devenu petit à petit, quand il a commencé à me lancer des regards admiratifs et énamourés. Il était très galant. Quand j'étais sur le point de m'asseoir, il tirait ma chaise de sous la table en s'inclinant ensuite légèrement , comme il l'avait sûrement vu faire par des serveurs dans les grands restaurants. Au moment de partir, il se précipitait sur mon manteau et le tenait derrière moi pour que je l'enfile. Il me faisait des compliments, me disait que j'avais de beaux cheveux.

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Les adultes s'émerveillaient: "Comme ils sont mignons, un vrai petit couple d'amoureux!". A la seule différence que je n'étais pas amoureuse de lui. Je trouvais qu'il faisait "bébé" à côté de moi, qui paraissais beaucoup plus que mon âge. Malgré tout j'étais quand même fière de toutes les attentions qu'il avait à mon égard. C'était bien agréable d'être ainsi choyée par quelqu'un qui m'aimait tant.

Lors des séances de ciné l'atmosphère était assez angoissante à cause du bruit des bombes qui s'abattaient sur la ville. Mon petit amoureux qui sentait sûrement que j'avais peur me prenait alors doucement la main et me souriait gentiment comme s'il voulait me dire: "Ne crains rien, je suis là". Et en fait sa présence et son calme me rassuraient.

Même si je pressentais un danger, j'en étais arrivée à apprécier ces séances pendant lesquelles nous étions assis l'un contre l'autre, main dans la main. Petit à petit je m'attachais à lui. Il me donnait des petits noms affectueux: ma cocotte, mon petit lapin, etc.

Bref nous coulions le parfait amour, lui qui m'aimait et moi qui trouvais agréable de me laisser m'aimer. Un jour il n'est pas venu au jardin d'enfants. J'ai cru qu'il était malade et allait revenir. Mais le lendemain j'ai découvert l'affreuse vérité. Je me rappelle ce jour comme si c'était hier. En sortant de l'épicerie, nous avions croisé la mère de mon petit camarade. Elle nous avait dit qu'il n'était pas venu au jardin d'enfants parce qu'ils étaient en plein préparatifs de déménagement. Ils allaient partir le lendemain s'installer en Alsace, c'est-à-dire, pour moi à l'autre bout du monde. C'était une catastrophe. Je me rendais enfin compte que je l'aimais et je me demandais comment j'allais pouvoir vivre sans lui. J'étais probablement devenue dépendante de l'amour sans bornes qu'il me portait. Les deux mamans continuaient à bavarder calmement sans s'apercevoir de mon désarroi. Les adultes ne se rendent pas compte que l'amour peut déjà faire tant souffrir à cet âge.

 

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Une soixantaine d'années plus tard, j'ai été invitée à un mariage. J'avais su par la mère de la mariée qu'un des invités était originaire de la même ville que moi, que nous avions fréquenté le même jardin d'enfants et que nos mamans se connaissaient à l'époque. J'ai tout de suite pensé qu'il devait s'agir de mon petit chevalier servant. Nous devions être à la même table pour le repas de noces. J'avoue que j'étais un peu émue à l'idée que j'allais peut-être le revoir. Quand j'ai vu un petit monsieur fluet au regard pétillant s'asseoir en face de moi, j'ai été certaine que c'était lui. C'était même incroyable qu'il ressemble tant au petit garçon qu'il avait été. Mais quand j'ai commencé à évoquer des souvenirs du jardin d'enfants, cela ne lui rappelait rien. il m'a dit qu'il devait être dans une autre classe, qu'il ne ne souvenait pas de moi. Pourtant j'étais sûre que c'était lui, mais il m'avait apparemment oubliée. J'avoue que cela m'a un peu vexée.

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L'arrière-grand-père joueur et gourmand

Publié le par Françoise Andersen

Étant donné que nous vivions en appartement à Copenhague dans les années soixante / soixante-dix, la chasse aux oeufs de Pâques avait toujours lieu à la campagne, chez le père de mon mari, qui habitait une maison avec un grand jardin.

Pendant que les enfants jouaient avec lui à l'intérieur, je me glissais en douce dans le jardin et j'allais cacher les friandises avec ingéniosité. J'avoue que j'y prenais beaucoup de plaisir, car c'était une sorte de jeu pour moi aussi.

Un jour, le lendemain de Pâques, mon beau-père m'annonce au téléphone que les enfants n'avaient pas tout trouvé. Il avait continué la chasse après notre départ et avait fait une bonne récolte. Malgré ses 90 ans il semblait heureux comme un gamin.

Alors je me suis donné ensuite du mal chaque année pour trouver certaines cachettes trop difficiles ou même inaccessibles pour les enfants. Je me faisais en même temps plaisir en imaginant sa joie quand il les découvrirait après notre départ. Il m'avait en effet avoué que dès que nous étions partis, il se précipitait dans le jardin pour faire sa chasse aux oeufs "oubliés".

Chaque année nous lui offrions - comme le veut la coutume danoise quel que soit l'âge -  un gros oeuf rempli de chocolats, mais rien ne lui faisait autant plaisir que les modestes petites frriandises qu'il avait lui-même trouvées.

Certaines personnes ne perdent jamais leur âme d'enfant. Mon beau-père est mort à 93 ans, alors qu'il était encore, à l'intérieur, un grand gamin.

L'arrière-grand-père joueur et gourmand

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Les fausses bananes de la guerre

Publié le par Françoise Andersen

Je suis née en 1938, un an avant le début de la seconde guerre mondiale. Pendant mon enfance, il y avait donc beaucoup de denrées qu'on ne trouvait pas dans les magasins, comme par exemple les oranges, les bananes, etc. Un jour, ma mère avait été soudain prise de nostalgie en se rappelant les années d'avant-guerre. Elle s'était mise à me parler de tout ce qu'on trouvait alors. Je l'entends encore me "raconter" une orange (un fruit rond divisé en tranches, regorgeant d'un délicieux jus sucré et parfumé) ou les biscuits à la cuillère (des biscuits allongés très légers et qui fondaient dans la bouche).

De temps en temps, elle m'emmenait dans une épicerie fine (je revois encore le nom de l'enseigne "Félix Potin") où, contrairement à ce que pourrait laisser croire la vieille photo trouvée sur Internet, on trouvait un peu de tout. 

Les fausses bananes de la guerre

Elle m'y achetait des pâtes de fruits qui avaient le goût et la forme d'une petite banane. En fait j'ai été déçue le jour où j'ai enfin mangé ma première vraie banane. J'en avais tellement rêvé que je l'imaginais meilleure. Les jouets que mon père fabriquait lui-même m'ont procuré également plus de plaisir que ceux qu'il m'a ensuite achetés, après la guerre. C'était si intéressant de voir ces cadeaux prendre forme et si bon de se dire qu'il consacrait tant d'heures à les fabriquer pour moi, avec amour.

On ne pouvait pas aller, comme maintenant, dans un magasin et choisir ce que l'on voulait. Chaque personne avait droit, chaque mois, à une carte de rationnement avec un certain nombre de tickets qui permettaient d'acheter du sucre, du lait, de la viande, des cigarettes, etc. Comme mes parents ne fumaient pas, ma mère échangeait les tickets de cigarettes contre du sucre, la seule friandise que je pouvais manger à volonté. Il paraît qu'il m'arrivait de manger jusqu'à 15 morceaux de sucre par jour. C'est une énigme pour mon dentiste que j'aie toujours eu des dents solides. Je suppose que mes parents ont été très vigilants quant à l'hygiène dentaire.

Maman m'assurait que la guerre allait bientôt finir et que nous allions à nouveau pouvoir vivre normalement. Mais comment imaginer une vie "normale" quand on n'a connu que des années de guerre et de privations? Je savais qu'en Amérique ce n'était pas la guerre et j'avais du mal à imaginer cela. J'enviais les Américains et je me disais qu'ils avaient beaucoup de chance. Je me rappelle que, malgré mon jeune âge, je me suis promis de ne jamais me plaindre de quoi que ce soit, s'il m'arrivait un jour de ne plus connaître la guerre. Parfois, quand j'ai des problèmes, je me rappelle cette promesse et je me dis que ce qui m'arrive n'est en fait pas très grave par rapport à ce que j'ai connu. Je relativise, comme on dit.

Les enfants d'aujourd'hui se croient malheureux si leurs parents refusent de leur acheter le dernier modèle de console de jeux ou des vêtements de marque. On pourrait se dire: "Ces jeunes se plaignent et pourtant ils ont tout pour être heureux". Mais le sont-ils vraiment? La publicité crée des besoins qui ne peuvent jamais être entièrement assouvis, d'où une frustation quasi permanente. Pendant la guerre, on n'avait presque rien et on appréciait d'autant plus le peu qu'on avait. Alors peut-être qu'en fait j'ai eu une enfance plus heureuse pendant la guerre, avec mes morceaux de sucre, mes jouets gratuits, mes bananes en pâte de fruits et ma tête pleine de rêves d'un monde meilleur.

Les fausses bananes de la guerre

Les jouets que mon père fabriquait lui-même m'ont procuré également plus de plaisir que ceux qu'il m'a ensuite achetés, après la guerre. C'était si intéressant de voir ces cadeaux prendre forme et si bon de se dire qu'il consacrait tant d'heures à les fabriquer pour moi, avec amour.

On ne pouvait pas aller, comme maintenant, dans un magasin et choisir ce que l'on voulait. Chaque personne avait droit, chaque mois, à une carte de rationnement avec un certain nombre de tickets qui permettaient d'acheter du sucre, du lait, de la viande, des cigarettes, etc. Comme mes parents ne fumaient pas, ma mère échangeait les tickets de cigarettes contre du sucre, la seule friandise que je pouvais manger à volonté. Il paraît qu'il m'arrivait de manger jusqu'à 15 morceaux de sucre par jour. C'est une énigme pour mon dentiste que j'aie toujours eu des dents solides. Je suppose que mes parents ont été très vigilants quant à l'hygiène dentaire.

Maman m'assurait que la guerre allait bientôt finir et que nous allions à nouveau pouvoir vivre normalement. Mais comment imaginer une vie "normale" quand on n'a connu que des années de guerre et de privations? Je savais qu'en Amérique ce n'était pas la guerre et j'avais du mal à imaginer cela. J'enviais les Américains et je me disais qu'ils avaient beaucoup de chance. Je me rappelle que, malgré mon jeune âge, je me suis promis de ne jamais me plaindre de quoi que ce soit, s'il m'arrivait un jour de ne plus connaître la guerre. Parfois, quand j'ai des problèmes, je me rappelle cette promesse et je me dis que ce qui m'arrive n'est en fait pas très grave par rapport à ce que j'ai connu. Je relativise, comme on dit.

Les enfants d'aujourd'hui se croient malheureux si leurs parents refusent de leur acheter le dernier modèle de console de jeux ou des vêtements de marque. On pourrait se dire: "Ces jeunes se plaignent et pourtant ils ont tout pour être heureux". Mais le sont-ils vraiment? La publicité crée des besoins qui ne peuvent jamais être entièrement assouvis, d'où une frustation quasi permanente. Pendant la guerre, on n'avait presque rien et on appréciait d'autant plus le peu qu'on avait. Alors peut-être qu'en fait j'ai eu une enfance plus heureuse pendant la guerre, avec mes morceaux de sucre, mes jouets gratuits, mes bananes en pâte de fruits et ma tête pleine de rêves d'un monde meilleur.

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Les roses de la fête des mères

Publié le par Françoise Andersen

Quand j’étais petite, le jour de la fête des mères, papa me donnait toujours de l’argent en cachette pour que j’aille acheter un bouquet pour maman. Un jour, en allant chez le fleuriste, je me suis arrêtée, pour plonger mon nez dans une des roses odorantes qui dépassaient de la grille d’une voisine. Celle-ci est sortie de sa maison et m’a invitée à entrer dans son jardin pour en sentir d’autres. Il y en avait de toutes sortes et de toutes les couleurs. Certaines étaient grimpantes et cachaient une partie de la façade.

Source  http://www.willemsefrance.fr/plantes/rosiers/

Source http://www.willemsefrance.fr/plantes/rosiers/

Quand la dame a appris que j’allais acheter un bouquet, elle s’est écriée: "Garde ton argent, mon enfant. Je vais te faire un beau bouquet pour ta maman". Elle m’a dit que je pouvais composer moi-même ce bouquet. Après mûre réflexion, je choisissais, au fur et à mesure, les roses qui me paraissaient les plus jolies et dont les couleurs allaient le mieux ensemble. Je me rappelle, avec un certain remords, que cette pauvre vieille dame avait été obligée, un jour, d’aller chercher un escabeau, car j’avais jeté mon dévolu sur une magnifique rose qui se trouvait hors de sa portée. Quelle mauvaise conscience j’aurais eue, si elle était tombée à cause de moi!

Ne voulant pas abuser de sa générosité, je lui ai dit, à un moment, que cela suffisait, mais elle a tenu à rajouter plusieurs fleurs en disant: "Il faut que ce soit un très gros bouquet pour que ta maman voie à quel point tu l’aimes".Quand je suis partie, après l’avoir bien remerciée, elle m’a dit que je pourrais revenir chaque année, le jour de la fête des mères.Cette scène s’est ainsi reproduite trois ou quatre fois, mais un jour, j’ai eu un gros pincement au coeur, en voyant un cadenas sur la grille et un écriteau "À VENDRE". La vieille dame était peut-être morte. Cela m’a rendue très triste.

Aujourd’hui, je me rappelle encore son bon sourire, sa générosité et le parfum enivrant qui se dégageait de sa roseraie. Malheureusement, la plupart des roses qu’on vend aujourd’hui ont perdu leur parfum, car les pépiniéristes préfèrent créer des roses qui tiennent longtemps et qui sont plus jolies. Mais il m’arrive parfois de trouver, dans un vieux jardin, une grosse rose d’autrefois et d’y plonger mon nez avec délice (après avoir prudemment vérifié qu’il n’y a pas d’insecte à l’intérieur!).

Les roses de la fête des mères

Cela me ramène alors 70 ans en arrière et je me revois, petite-fille émerveillée, tenant précieusement dans mes mains un gros bouquet qui sentait si bon et allait faire tellement plaisir à ma maman.

Si j’étais petite aujourd’hui, je ne connaîtrais sûrement pas l'immense bonheur de pouvoir composer moi-même des bouquets si beaux, naturels et odorants.

J'aurais sûrement un papa qui commanderait des fleurs sur Internet. Un clic pour faire son choix, un autre pour payer, et un bouquet impersonnel serait livré à l’adresse indiquée.

Mais il y a pire: j’ai entendu à la radio danoise que le bouquet traditionnel de la fêtes des mères était peu à peu remplacé par un SMS. Je trouve cela très triste.

Source   Florajet

Source Florajet

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